L’Allemagne alimente le déluge de dette sur le marché
Pour financer le coût du Covid-19, le pays a émis 7,5 milliards d’euros. La France est attendue aujourd’hui.
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Xavier Diaz
L’émission allemande a enregistré une demande de près de cinq fois supérieure au montant émis, malgré des taux négatifs.
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Illustration Jorono/Pixabay
A situation exceptionnelle, émission exceptionnelle. L’Allemagne a émis hier un nouvel emprunt sur le marché primaire euro, dans le cadre d’une syndication bancaire, ce qu’elle n’avait pas fait depuis 2015. L’agence d’émission de dette allemande (Finanzagentur) privilégie les adjudications. Cette émission doit permettre au pays de diversifier ses sources de financement au moment où ses besoins augmentent avec la crise du coronavirus. L’Allemagne prévoit d’émettre 206 milliards d’euros de dette supplémentaire à court et moyen-long terme en net par rapport à son objectif de début d’année (3,5 milliards), indiquent les stratégistes taux de Deutsche Bank.
Le nouvel emprunt à 15 ans a enregistré une demande de plus de 35 milliards d’euros pour 7,5 milliards émis, selon Bloomberg, malgré des taux négatifs. L’obligation a été placée avec un rendement de -0,303%, soit une prime de 8 points de base par rapport au marché secondaire. Hier également, l’agence d’émission de dette allemande a placé 4 milliards d’euros d’emprunts à 5 ans (Bobl) en adjudication, cette fois au prix du marché (-0,74%) et avec un multiple de souscription de 2,5 fois.
Avec cette rare incursion sur le primaire euro, l’Allemagne imite d’autres pays dans la région. L’Italie, l’Espagne, la Belgique ou l’Irlande ont multiplié les émissions en syndication ces dernières semaines avec des taux de souscription historiques. Depuis le début de l’année, le montant placé par les émetteurs souverains (pas uniquement de la zone euro) sur ce marché, soit 155 milliards d’euros, dépasse celui des trois dernières années (maximum de 135 milliards en 2017), selon SG CIB. Hors zone euro, l’agence d’émission britannique (UK Debt Management Office) a annoncé qu’elle allait émettre un emprunt à 20 ans le 12 mai et un autre à 30 ans ou plus une semaine plus tard, avant sans doute d’autres en juin et en juillet.
Tensions sur les taux
La France et l’Espagne ont annoncé d’importantes adjudications ce jeudi. L’Agence France Trésor (AFT) prévoit d’émettre entre 9,5 et 11,5 milliards d’euros sur quatre emprunts à moyen-long terme, un montant en progression par rapport aux précédentes adjudications en raison de la hausse des besoins de financement. Interrogée par L’Agefi, l’AFT n’a pas confirmé l’émission imminente d’un emprunt en syndication.
Ce déluge d’émissions, qui va se poursuivre, risque de peser sur les marchés de taux qui se tendaient hier, de part et d’autre de l’Atlantique. Le Trésor américain, qui prévoit d’émettre 154 milliards de dollars de plus entre mai et juillet par rapport à février-mai, a également annoncé une augmentation de 12 milliards de ses émissions la semaine prochaine, à 96 milliards, et l’émission de 20 milliards d’un nouvel emprunt à 20 ans le 20 mai. Le rendement du Treasuries 10 ans avançait de 6,5 pb, à 0,725%, à un plus haut de trois semaines, tandis qu’en Europe le Bund 10 ans, également affecté par la décision de la Cour constitutionnelle allemande, se tendait de 7 pb, à -0,51%, et l’OAT de même maturité de 8 pb, à 0%.
Les panélistes interrogés par L’Agefi anticipent dorénavant deux hausses de taux de la Banque centrale européenne (BCE), et potentiellement une pour la Banque d’Angleterre (BoE). Ils confirment également que la Fed ne devrait plus baisser les siens, ce qui fait remonter les taux longs.
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