L’affaire Bumi ternit la réputation de Nathaniel Rothschild
Nathaniel Rothschild avait promis «une création de valeur significative» à ses actionnaires lors de l’introduction de sa holding d’investissement, Vallar, sur le London Stock Exchange (LSE), en juillet 2010. Ceux qui ont cru à ses promesses et souscrit à l’offre à 10 livres par titre doivent le regretter amèrement. Désormais listé sous le nom de Bumi après sa fusion avec le groupe indonésien du même nom dans une transaction à 3 milliards de dollars, le titre a perdu depuis 85% de sa valeur. Après des chutes de 11% jeudi et 21% vendredi, l’action a encore plongé de 24,6% hier, à 147 pence. Les obligations du groupe ont connu le même sort.
Bumi a en effet annoncé hier matin l’ouverture d’une enquête indépendante sur des «irrégularités» financières présumées dans certaines de ses filiales. Elles concerneraient en particulier PT Bumi Resources, le numéro un du charbon en Indonésie, dont le véhicule coté détient 29%. L’enquête se concentrera sur la gestion de certains fonds dédiés à des projets de développement, dont la valeur a été réduite à zéro dans les comptes du groupe à fin 2011.
Il ne s’agit que d’une péripétie de plus dans les problèmes de gouvernance qui caractérisent le dossier. A l’annonce de l’accord signé fin 2010 entre Nathaniel Rothschild et les frères Bakrie, propriétaires de l’empire Bumi, certains gérants soulignaient déjà les faiblesses avérées du groupe indonésien dans ce domaine.
L’héritier de Jacob Rothschild a mis moins d’un an à s’en apercevoir, en demandant publiquement, en novembre 2011, un «nettoyage radical» chez PT Bumi Resources et le «rapatriement de fonds déposés chez des parties liées». Les frères Bakrie lui ont répondu en le privant de la vice-présidence du groupe et en débarquant le directeur général Ari Hudaya. Ce dernier, qui restait administrateur non exécutif, a démissionné hier de son mandat.
Le scandale ne ternit pas seulement la réputation de Nathaniel Rothschild. Il pousse aussi à s’interroger sur la sélectivité du LSE, qui s’est fait une spécialité d’attirer les groupes miniers des pays émergents à Londres. L’accord Vallar-Bumi revenait, de fait, à faire coter le groupe indonésien sur le marché londonien, qui y a gagné l’une des pires IPO de son histoire. L’affaire rappelle aussi que la prime de risque attachée aux valeurs des pays émergents, en raison d’une gouvernance opaque, reste d’actualité.
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