La Turquie ne parvient pas à s’extraire de son cercle vicieux
Les sources de tensions ne cessent de s’accumuler sur les actifs turcs. Les nouvelles sanctions prises hier par les Etats-Unis envers deux ministres turcs suite à l’emprisonnement d’un pasteur américain, ont fait chuter la parité de la livre au-dessus du seuil symbolique de 5 contre dollar, pour la première fois de son histoire. Le rendement des obligations d’Etat à 10 ans libellées en dollar a été propulsé à 7,4%, son plus haut niveau depuis 2009. Ces tensions géopolitiques s’ajoutent au mouvement de ventes sur les actifs émergents lié au resserrement monétaire de la Fed, et aux craintes sur les perspectives des déficits courants et de l’inflation en Turquie. La dépréciation de 34% de la livre depuis février rattrape même celle de 40% accusée par le peso argentin, qui s’est stabilisé depuis un mois.
La poursuite de ces tensions sur le taux de change devrait ainsi alimenter la forte poussée de l’inflation en Turquie, qui a atteint 15,4% en juin. Les chiffres publiés aujourd’hui pour le mois de juillet devraient montrer qu’elle a flirté avec le seuil des 17%, selon les prévisions de HSBC. La banque centrale turque (CBRT) a été contrainte de reconnaître mardi que l’inflation ne devrait pas être en mesure de revenir vers son objectif de 5% au cours des trois prochaines années. Ses prévisions d’inflation moyenne de 13,4% cette année, puis de 9,3% l’an prochain, et de 6,7% en 2020, paraissent en outre optimistes aux yeux des économistes. Surtout si la livre poursuit sa chute à 5,2 en fin d’année, et à 5,5 fin 2019 (environ 10% de dépréciation supplémentaire), comme le prédit SG CIB.
Dans ce contexte, le statu quo décidé la semaine dernière par la CBRT sur ses taux directeurs contre les prévisions de marchés la fait de plus en plus paraître comme étant behind the curve (en retard sur le cycle), auprès des investisseurs. «Dans un environnement post-électoral, les marchés s’inquiètent du fait que l’ancrage de la politique monétaire ne soit pas adapté, surtout compte tenu de la détérioration des déficits liée au programme de relance budgétaire en cours», explique SG CIB. Même s’il reste positif, à 2,35%, le niveau du taux réel à court terme s’est détendu d’environ 200 pb depuis deux mois, du fait de la hausse non compensée de l’inflation. La nécessité de maintenir une politique restrictive de la CBRT a été tempérée par le ralentissement de l’activité, qui a été confirmé par la chute de l’indice PMI à 46,8 au mois de juillet.
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