La saison des résultats débute entre inflation et ralentissement
Après un premier trimestre où les chocs se sont multipliés, la saison des résultats sera une fois encore scrutée avec attention par les investisseurs et surtout les discours des dirigeants pour le reste de l’année. A Wall Street, les banques commenceront le bal des publications avec notamment JPMorgan Chase dès mercredi 13 avril. Les entreprises européennes se lanceront quelques jours plus tard.
Ce début d’année a marqué un tournant pour les marchés, avec une succession d’événements qui ont propulsé l’incertitude à un niveau extrême. Alors que la vague Omicron commençait à moins peser sur les économies occidentales, le conflit en Ukraine a provoqué une nouvelle hausse des prix de l’énergie (pétrole et gaz) et des matières premières. Il a entraîné une accentuation de l’inflation et une hausse des taux, car les banques centrales doivent éviter un ancrage des anticipations d’inflation malgré le risque d’un ralentissement voire pour certains économistes d’une stagflation ou d’une récession en 2023.
Mais cet environnement, potentiellement néfaste pour les résultats des entreprises, ne devrait pas se refléter dans les publications du premier trimestre 2022. Pour les stratégistes de Deutsche Bank, le rythme de croissance devrait décélérer rapidement sur un an, en raison d’effets de base moins favorables, et passer de 30% au quatrième trimestre 2021 à 7,6% sur les trois premiers mois de cette année. Mais la croissance séquentielle, par rapport au trimestre précédent, devrait diminuer moins fortement.
Malgré les craintes sur un ralentissement de la croissance, les indices d’activité PMI restent à des niveaux historiquement élevés, ce qui est cohérent avec des résultats toujours robustes au premier trimestre, selon Binky Chadha, stratégiste chez Deutsche Bank. L’indice ISM américain reste également élevé à 57,8 (moyenne historique de 53), niveau qui correspond à des croissances bénéficiaires de 20-30% contre 8% anticipé par le consensus. Ces stratégistes rappellent que la composition de l’indice américain est différente de l’économie réelle et que sur cette base, la croissance aurait continué d’accélérer au premier trimestre aux Etats-Unis (de 2,2% à 3,4%).
«La hausse des prix du pétrole soutient fortement les bénéfices des compagnies pétrolières, ce qui n’est pas totalement reflété dans les prévisions de résultats», juge Binky Chadha. Le consensus anticipe une croissance des chiffres d’affaires pour le S&P 500 de 2% et une légère compression des marges nettes à 12,7%. Celles-ci resteront à des niveaux supérieurs à avant la pandémie, et historiques, le sommet de 13% ayant été atteint au deuxième trimestre 2021.
Consensus stable
De manière assez inhabituelle, le consensus des résultats pour l’ensemble de l’année a peu évolué, alors qu’il a généralement tendance à diminuer au premier trimestre par rapport aux prévisions à la fin de l’année précédente, sauf en 2021 post-pandémie et en 2017 après la réforme fiscale de Donald Trump, deux contextes exceptionnels. Il est stable à 8%, en grande partie grâce aux compagnies pétrolières, à +33% sur leurs prévisions au premier trimestre. Il a néanmoins été ajusté à la baisse au premier trimestre ce qui signifie que les trois trimestres suivants ont été revus à la hausse. «Les pires craintes de la fin février et du début mars ne se sont pas réalisées, indique Thomas Bucher, stratégiste actions monde chez DWS. Cela se voit non seulement dans la reprise des principaux indices boursiers, mais aussi dans la résilience des estimations des bénéfices. Pour le Stoxx Europe 600, elles ont en fait poursuivi la tendance inhabituelle à la hausse de l’année dernière», à 9% pour cette année. Ces ajustements s’expliquent par le bon niveau des résultats du quatrième trimestre. Les analystes revoient leurs prévisions après la publication des trimestriels.
«Les révisions bénéficiaires sont toujours orientées a la hausse et la croissance globale reste bien orientée, malgré le pessimisme ambiant, ajoute Emmanuel Cau, stratégiste chez Barclays. Les chiffres du premier trimestre devraient être corrects en Europe, mais les investisseurs vont surtout porter leur attention sur les perspectives données par les dirigeants d’entreprises». Ces derniers devront répondre aux questions sur l’impactdes hausse des coûts (matières premières, salaires…) sur leurs marges et sur leur capacité à répercuter ces augmentations dans leurs prix ou dans leurs marges. «Le marché scrutera également les signes de ralentissement de la demande (plus forte sensibilité du consommateur aux prix et hausse des niveaux de stocks), alors que les problèmes de chaînes de production restent élevés», poursuit le stratégiste qui n’a pas fait évoluer sa prévision de croissance bénéficiaire et reste proche du consensus à 8%.
Impact en Europe du conflit ukrainien
D’autres estiment le consensus trop optimiste. «Nous nous attendons toujours à une forte tendance négative des révisions des bénéfices, davantage en Europe qu’aux Etats-Unis», affirme Thomas Bucher. Les stratégistes de Goldman Sachs craignent des surprises négatives sur les résultats des entreprises dès le deuxième trimestre. «Le cycle de mise à niveau des estimations de bénéfices, l’un des principaux facteurs de soutien du marché au cours de l’année passée, touche à sa fin, estiment les stratégistes actions de Bank of America. Le ratio des révisions de bénéfices par action (BPA) à 12 mois du Stoxx 600 est désormais profondément négatif et les niveaux de BPA devraient basculer de leurs sommets historiques en raison du ralentissement de la croissance mondiale et des pressions accrues sur les marges dues à la hausse des prix des intrants.» Avec un risque que la croissance bénéficiaire soit nulle cette année en Europe. Les stratégistes de Société Générale ont évalué l’impact de différents scénarios autour du conflit ukrainien sur les bénéfices de ce côté-ci de l’Atlantique d’une croissance de 5% dans un scénario de désescalade, à 2% en cas de poursuite du conflit comme actuellement, à -39% en cas d’escalade. Quelle que soit l’hypothèse, le consensus est aujourd’hui trop élevé.
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