La repentification de la courbe américaine reflète le regain d’optimisme
L’inversion de la courbe des taux américains a fait grand bruit cet été avec en ligne de mire la crainte d’une récession aux Etats-Unis. Depuis, elle s’est repentifiée, les taux court terme passant de nouveau sous les taux long terme, laissant de marbre les investisseurs.
La courbe des taux 3 mois-10 ans s’est inversée une première fois fin mars puis à partir de fin mai pendant quatre mois. Une première depuis la crise financière. La courbe 2 ans-10 ans s’est très légèrement inversée fin août. «La frénésie autour du risque de récession était maximale cet été. Ces craintes se sont calmées, en réponse à la baisse des taux de la Fed, l’apaisement des tensions géopolitiques entre la Chine et les Etats-Unis et la bonne résistance des données réelles», explique Bruno Cavalier, économiste chez Oddo BHF. Avec pour conséquence une repentification de la courbe 3 mois-10 ans à partir d’octobre (+23 points de base). «Il est normal que dans une phase de baisse des taux de la Fed, comme actuellement, la courbe se repentifie», indique Bastien Drut, économiste chez CPR AM. La Réserve fédérale américaine a baissé le taux des Fed funds à trois reprises depuis juillet.
Cette repentification ne semble pas pour autant annuler le signal de récession. «Une repentification après une inversion prolongée est la configuration-type précédant une récession», note Bruno Cavalier. Ce fut le cas en 1989, en 2000 et en 2007. «L’erreur n’est pas de surveiller le signal mais de croire qu’il est infaillible», nuance néanmoins l’économiste d’Oddo BHF. Et il faut le confronter aux indicateurs économiques qui ne pointent pas clairement vers la récession.
Un ajustement de milieu de cycle
«L’analyse du phénomène d’inversion de la courbe américaine ne repose que sur une dizaine d’événements, ce qui est peu pour aller chercher absolument une régularité statistique», ajoute Stéphane Déo pour qui chaque cycle est différent. Or celui-ci est marqué par les quantitative easing des banques centrales et les taux zéro au Japon et négatif en zone euro qui influencent les rendements américains. Sans le QE de la BCE, le Bund serait 0,8 point au-dessus de son niveau actuel et le 10 ans américain également. Il n’y aurait donc peut-être pas eu d’inversion de la courbe. Par ailleurs, si la courbe est pentue à partir de la maturité 5 ans elle reste presque plate jusqu’à 5 ans. «Cela corrobore le fait qu’il n’y ait plus d’anticipation de baisse des taux de la Fed en 2020 », constate Bastien Drut.
«Pour le moment, la courbe américaine nous indique plutôt un ralentissement de la croissance aux alentours du potentiel qui est d’environ 1,5% qu’une récession», juge Bastien Drut. Le retour en territoire positif de la courbe OIS 1 an-2 ans pour la première fois depuis un an semble également montrer que les investisseurs sont en train de changer leur positionnement d’une crainte de récession à une répétition de l’ajustement de milieu de cycle intervenu dans les années 1990, notent les stratégistes de JPMorgan. Ce fut aussi la plus longue expansion économique américaine avant l’actuelle. Mais cette hypothèse est conditionnée à une poursuite de l’apaisement des tensions commerciales entre la Chine et les Etats-Unis. Dans le cas contraire, le spectre de la récession reviendrait sur les marchés avec une probable inversion de la courbe obligeant la Fed à agir de nouveau.
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