La politique rythmera encore les marchés en 2020
Dur retour à la réalité pour les marchés financiers. L’euphorie du premier jour de l’année boursière aura été de courte durée. La mort de Qassem Soleimani, un important général iranien tué par des frappes américaines en Irak à la demande de Donald Trump, a soufflé un petit vent de panique sur les marchés, avec des actions en baisse, un pétrole en hausse et un repli des rendements obligataires. L’Iran a promis des représailles. Pour David Lafferty, chef économiste chez Natixis IM, si cette nouvelle escalade des tensions entre Washington et Téhéran risque de maintenir à un niveau élevé la prime de risque géopolitique sur le pétrole, la réaction des marchés de taux semble exagérée. Il estime en outre que les marchés actions ont pris cet événement comme prétexte pour marquer une pause après leur récent parcours vers les sommets. Malgré tout, ce nouvel incident est une piqûre de rappel aux investisseurs que le risque politique et géopolitique reste une dimension qu’il ne faut ni minimiser ni ignorer.
Outre le risque d’un embrasement au Moyen-Orient, qui pourrait faire bondir les cours du baril de pétrole et affecter la conjoncture mondiale, plusieurs grands événements vont animer les marchés financiers cette année. A court terme, la Grande-Bretagne sortira officiellement de l’Union européenne (UE) le 31 janvier. L’ultimatum lancé par Boris Johnson, le Premier ministre britannique, d’achever les négociations avec l’Union européenne le 31 décembre semble intenable. Avec un risque de forte volatilité sur les marchés à mesure que la date butoir approche et que le risque d’un Brexit sans accord prend corps. La conséquence serait un affaiblissement de la croissance non seulement britannique mais aussi européenne. En Europe toujours, les vingt-sept membres de l’UE devront négocier le futur cadre pluriannuel, le budget de l’Union pour 2021-2027, afin notamment de compenser le départ de la Grande-Bretagne.
Du côté des États-Unis
Mais l’événement majeur, cette année, sera l’élection présidentielle américaine le 3 novembre. Celle-ci n’est clairement pas prise en compte par les marchés financiers. Pour l’heure, les investisseurs semblent parier sur une victoire de Donald Trump tandis que Joe Biden reste en tête des sondages pour l’investiture démocrate. Mais les marchés pourraient vivement réagir si Elisabeth Warren est désignée par le parti démocrate mi-juillet pour affronter Donald Trump. «Elizabeth Warren et Bernie Sanders ont un programme très à gauche, qui pourrait déplaire aux marchés», juge Bastien Drut, stratégiste chez CPR AM. Le caucus de l’Iowa, le 3 février, donne le coup d’envoi des primaires. Mais la date clé est le mardi 3 mars – le Super Tuesday –, avec notamment les caucus de Californie et du Texas, qui verra la désignation d’environ 40% des délégués et devrait donner une idée claire de la suite du processus. Avant cela, Donald Trump sera confronté à la procédure de destitution, dont la concrétisation est peu probable. Le 15 janvier, le président américain signera, à la Maison-Blanche, l’accord commercial dit de phase 1 avec la Chine. «La trêve entre les Etats-Unis et la Chine est bienvenue, mais la phase 2 de l’accord tardera à venir, craignent les stratégistes de Generali Investments. La guerre stratégique entre les deux superpuissances est là pour durer, et les tensions risquent de resurgir après l’élection américaine.»
Cette année, les banques centrales ne devraient pas autant rythmer les marchés. La Réserve fédérale américaine ou la Banque centrale européenne ne prévoient pas de nouvelle baisse des taux. A moins d’une forte dégradation de la conjoncture.
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