La partie s’annonce difficile pour Christine Lagarde
Christine Lagarde, à la tête de la Banque centrale européenne depuis le 1er novembre, ne devrait pas abattre toutes ses cartes dès sa première réunion de politique monétaire demain, notamment concernant l’examen stratégique de la BCE. «Nous n’attendons pas d’annonces dès demain, estime Florent Delorme, stratégiste chez M&G. Ce qu’elle souhaite mettre en place est difficile. Cela va prendre du temps, d’autant qu’elle veut un consensus le plus large possible». Les dissensions au sein du conseil des gouverneurs concernant la reprise du quantitative easing ont laissé des traces. Ni le périmètre de la réflexion, ni son calendrier ne sont encore connus. Elle devrait probablement durer toute l’année 2020, dans un contexte de contestation grandissante des taux négatifs.
La cible d’inflation sera l’un des enjeux clés de cette réflexion. «Il sera intéressant d’entendre Christine Lagarde sur une redéfinition précise de l’objectif et de mesure de l’inflation, affirme Franck Dixmier, directeur des gestions obligataires d’Allianz GI. Cette réflexion est nécessaire. Au cours des huit années de mandat de Mario Draghi, l’inflation totale a évolué en moyenne à 1,2% et l’inflation cœur à 1,1%, très nettement en dessous de l’objectif ». L’objectif d’inflation actuel (sous, mais proche, de 2% à moyen terme) est jugé trop vague. «Nous attendons au moins que l’objectif soit simplifié et devienne symétrique à 2% à moyen terme», précise Konstantin Veit, gérant taux Europe chez Pimco. La BCE pourrait par ailleurs adopter une approche flexible en n’intervenant pas systématiquement dès l’objectif atteint.
Autre sujet encore moins consensuel : le verdissement des investissements de la BCE. Christine Lagarde va devoir faire face à une forte opposition. Jens Weidmann, le gouverneur de la Bundesbank, considère le sujet comme non conforme au mandat de la BCE de stabilité des prix. Une position partagée par le gouverneur de la banque centrale néerlandaise, Klaas Knot. La nouvelle patronne de l’institution de Francfort estime pour sa part que la lutte contre le changement climatique peut entrer dans le cadre du deuxième mandat qui est celui de soutenir les politiques économiques de la BCE.
« Le plus important à court terme, au-delà de la revue stratégique, sera que Christine Lagarde confirme la politique monétaire accommodante», souligne Florent Delorme. Les investisseurs n’anticipent plus de baisse de taux lors de cette réunion, ni l’an prochain. Elle devrait en outre pousser à nouveau les gouvernements à activer le levier de l’investissement public.
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