La pandémie fait le jeu des émissions de gaz à effet de serre
L’écart entre les intentions et les actes est parfois cruel. Face à l’urgence climatique, le monde veut une neutralité carbone en 2050. Les Etats-Unis, menés par leur nouveau président Joe Biden, ont réintégré l’Accord de Paris au mois de février dernier. Mi-juillet, l’Union Européenne dégainait son plan de bataille pour le climat. Dont acte. Mais la semaine dernière, l’Agence internationale de l’énergie (AIE), a dressé un constat qui peut faire douter de la manière dont ces objectifs – louables – vont pouvoir être atteints.
2% seulement des dépenses de relance
L’AIE estime qu’au deuxième trimestre 2021, les gouvernements du monde entier ont alloué environ 380 milliards de dollars (un peu moins de 300 milliards d’euros) à des mesures d'énergie propre dans le cadre de leur réponse économique à la crise du Covid-19. Cela représente seulement 2% des dépenses totales des Etats pour la relance. Avec une proportion si faible du budget consacrée à la transition énergétique, «les émissions mondiales de gaz à effet de serre devraient atteindre un niveau record», insiste l’AIE.
«Les sommes d’argent, tant publiques que privées, mobilisées dans le monde par les plans de relance sont bien en deçà de ce qui est nécessaire pour atteindre les objectifs climatiques internationaux», souligne l’agence, s’appuyant sur son nouveau rapport sur la surveillance d’une reprise durable (Sustainable Recovery Tracker).
Même si les dépenses gouvernementales décidées depuis un an devraient ajouter 350 milliards de dollars supplémentaires par an aux dépenses en énergie propre et en réseau électrique entre 2021 et 2023, «cela ne représente que 35% du montant envisagé par le plan de relance durable de l’AIE pour mettre le monde sur la bonne voie pour des émissions nettes nulles d’ici 2050, tout en stimulant la croissance économique mondiale et en créant des millions de nouveaux emplois», souligne l’Agence.
Pic de l’électricité fossile
Ces conclusions viennent appuyer celles du rapport sur le marché mondial de l’électricité (Electricity market report), lui aussi publié par l’AIE quelques jours auparavant. Celui-ci anticipe qu’après avoir baissé d’environ 1% en 2020, la demande mondiale d'électricité devrait croître de près de 5% en 2021 et de 4% en 2022. Plus de la moitié de cette demande supplémentaire viendrait de Chine, le plus grand consommateur d’électricité du monde.
Le problème, c’est que 45% de cette demande additionnelle d’électricité devrait être fournie par les énergies fossiles en 2021 et 40% en 2022. La production d'électricité à l’aide de charbon, après avoir diminué de 4,6% en 2020, augmentera de près de 5% en 2021 pour dépasser les niveaux d’avant la pandémie, précise l’AIE. Elle augmentera de 3% supplémentaires en 2022 et «pourrait atteindre un niveau record». Concernant l’utilisation du gaz, après une baisse de 2% en 2020, la production devrait augmenter de 1% en 2021 et de près de 2% en 2022.
Même si la production d'électricité renouvelable continue de se développer, elle ne pourra pas répondre à la demande croissante. Après avoir augmenté de 7% en 2020, la production d'électricité à partir d'énergies renouvelables devrait augmenter de 8% en 2021 et de plus de 6% en 2022, estime l’AIE. «Malgré ces augmentations rapides, les énergies renouvelables devraient pouvoir servir seulement environ la moitié de la croissance projetée de la demande mondiale en 2021 et 2022», constate l’Agence. La production d'électricité nucléaire, quant à elle, augmentera d’environ 1% en 2021 et de 2% en 2022.
L’année 2050, et son objectif de zéro carbone, paraît, d’un coup, encore plus lointaine.
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