La notation des titrisations fait toujours débat aux Etats-Unis
Les agences de notation n’hésitent pas à critiquer leurs méthodes respectives sur le marché des titrisations. Et ce, alors que les régulateurs américains étudient l’opportunité de les encadrer davantage pour tirer toutes les leçons de la crise. La semaine dernière, Fitch a déclaré que le triple A attribué par ses concurrents, Standard & Poor’s et Kroll Bond Ratings, à un CMBS américain, était injustifié.
Dans son communiqué, l’agence, qui n’avait pas été sollicitée, estime qu’elle n’aurait pas noté «plus haut que A», la tranche senior de l’opération CGCMT 2013-375P. Ce CMBS est adossé à un prêt, originé par Citigroup et Deutsche Bank, sur le «Seagram Building». Conçu par l’architecte allemand Ludwig Mies van der Rohe, cet immeuble «prestigieux» domine Park Avenue à New York. Certes, pour Fitch, le prêt ne devrait pas donner lieu à des pertes, cependant il existe un risque de dégradation car les revenus futurs «pro forma» sont «presque impossibles à prédire».
Fitch se dit donc préoccupée «par le risque de refinancement, compte tenu du niveau général de levier et du manque d’amortissement du prêt». Cela n’a pas empêché l’émission de se réaliser, avec un montant revu à la hausse à 572,9 millions d’euros. Ce n’est pas la première fois qu’une agence critique ses consœurs. Cependant, cette charge a été remarquée car elle a été publiée avant même que l’opération ne soit lancée et à la veille d’une audition de la Securities and Exchange Commission (SEC) sur la régulation des agences. Cette sortie donne du grain à moudre à ceux qui jugent que le modèle d’émetteur-payeur incite les agences à noter plus favorablement leurs clients que ne le voudrait leur qualité de crédit. Le Dodd-Frank Act préconise d’éliminer les conflits d’intérêts qui peuvent naître en matière de notation ou demande à la SEC de superviser une structure qui choisirait les agences appelées à noter les titrisations.
Devant les régulateurs, le président de Standard and Poor’s, Douglas Peterson, a fait valoir que ce nouveau système pourrait être coûteux et lent à mettre en œuvre. Il s’est montré en revanche favorable à ce que la SEC renforce sa régulation actuelle pour encourager les notations non sollicitées.
Jules Kroll, PDG de Kroll Bond Ratings, un acteur créé en 2010, a de son côté expliqué qu’il n’était pas parvenu à faire payer les investisseurs. Expliquant que le marché était aux mains d’un oligopole, il a plaidé en faveur d’une rotation des agences.
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