La nature des pertes de JPMorgan éveille des soupçons
Jamie Dimon, le PDG de JPMorgan, a dû se livrer jeudi soir à un étrange exercice: expliquer comment sa banque a pu perdre 2 milliards de dollars dans des opérations de couverture sur le marché des CDS, tout en restant très flou sur la nature des positions prises.
Les pertes ont été enregistrées au sein du chief investment office (CIO). Dirigée depuis 2005 par Ina Drew, l’une des cadres les mieux payées de la banque, cette direction est chargée de la couverture des risques. Le portefeuille de dérivés de crédit, en particulier, devait protéger le groupe contre un environnement stressé. Selon les rumeurs de marché, JPMorgan aurait parié sur un aplatissement de la courbe de l’indice CDX NA IG, basé sur les credit default swaps des entreprises américaines notées en catégorie investisseur. Une mise de plusieurs dizaines de milliards de dollars, faite à partir de Londres. En un an, la position nette sur l’indice est passée de 65 à 145 milliards de dollars. Certains hedge funds avaient alerté la presse en avril sur le risque de distorsion de marché.
La semaine dernière, Jamie Dimon a expliqué que la stratégie de couverture avait été à un moment redéfinie. «La nouvelle stratégie, censée réduire la couverture au total, l’a rendue plus complexe, plus risquée, s’est révélée incroyablement inefficace, mal construite et mal surveillée», a admis le dirigeant, qui n’a jamais employé le mot de fraude. Exemple de réaction tardive: la mise à la valeur de marché du portefeuille a commencé à dégager des pertes dès le premier trimestre 2012 sans vraiment déclencher l’alarme.
Reste que le flou entretenu par Jamie Dimon et des pertes aussi énormes pour des positions censées en couvrir d’autres, éveillent des soupçons sur la nature purement spéculative de l’activité. D’autant que la facture gonflera encore de «un milliard de dollars ou plus» d’ici à fin juin ou au troisième trimestre. Attendue au tournant par plusieurs hedge funds –BlueMountain et BlueCrest auraient gagné de l’argent dans l’affaire– la banque ne peut pas liquider d’un coup ses positions. «Nous garderons le stock aussi longtemps que nécessaire, et sommes prêts à supporter la volatilité», a indiqué Jamie Dimon. Pour atténuer les pertes, le groupe dispose de 7 milliards de dollars de plus-values latentes dans son portefeuille de titres disponibles à la vente (AFS), après en avoir réalisé un milliard ces dernières semaines.
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