La France prend de l’avance dans son programme de financement
La France a bouclé avec succès la dernière émission en syndication prévue cette année dans son programme de financement et se situe en avance par rapport à ce dernier avant une fin d’année qui pourrait être plus volatile sur les marchés de taux.
L’Agence France Trésor (AFT) a placé mardi une nouvelle obligation assimilable du Trésor (OAT) à 30 ans (échéance 25/5/2053) de 5 milliards d’euros qui a attiré près de 30 milliards de demande. «Plus que le montant du livre d’ordres, l’important est sa qualité avec trois quarts de l’allocation finale dévolue à des investisseurs de long terme», souligne Anthony Requin, directeur général de l’AFT.
Il s’agit de la troisième et dernière émission cette année dans le cadre d’une syndication bancaire et de la troisième à 30 ans depuis février 2019. «Cette opération répond à la forte demande des investisseurs pour des maturités longues dans un contexte de taux bas, ajoute Anthony Requin. Nous avons émis cette nouvelle OAT car les trois souches existantes autour de 30 ans, dont le titre de référence 2052, étaient déjà à 30 milliards d’encours. Or nous voulons garder une capacité d’abondement de ces souches pour l’avenir.»
Plus grande volatilité
Avec cette opération, l’AFT a déjà réalisé 65,5% de son programme 2021, contre 63% en 2020 à la même période. L’avance prise par la France est une bonne nouvelle alors que se profile une plus grande volatilité sur les taux dans la deuxième partie de l’année et que les dettes souveraines euro vont devoir tenir compte de la concurrence des émissions de l’Union européenne dansle cadre du plan de relance NextGeneration EU (80 milliards d’émissions prévues cette année).
Dans un récent entretien accordé aux Echos, Benoît Coeuré, le responsable du pôle innovation de la Banque des règlements internationaux (BRI), insistait sur les conséquences de l’arrivée massive de l’UE sur le marché de la dette euro pour l’attractivité des emprunts émis par les Etats : «Plus l’Europe intervient dans le champ budgétaire, plus ceux-ci devront justifier de la soutenabilité de leurs finances publiques. Cela renforcera la nécessité pour eux d’avoir des trajectoires budgétaires crédibles et de montrer de manière convaincante que celles-ci soutiennent la croissance.»
Bon timing
«Cette opération a été réalisée dans le bon ‘timing’ avec potentiellement une hausse des taux longs à la fin de cet été et après que les élections régionales en France ont bien été intégrées par le marché», juge Benjamin de Forton, responsable origination obligataire secteur public chez BNP Paribas CIB, qui faisait partie des banques chefs de file. Le spread de la dette française s’est légèrement écarté par rapport au Bund avant de se resserrer.
L’avance prise sur son programme d’émission a aussi permis à l’AFT de communiquer pour la première fois en amont de l’opération la taille visée. «L’avantage est de donner de la visibilité aux investisseurs qui n’ont ainsi pas été surpris par la taille de l’émission, explique Anthony Requin. Avec la taille annoncée les investisseurs ont pu mesurer précisément la quantité de risque de taux injectée dans le marché. Cela ne veut pas dire que nous allons communiquer à chaque fois ex-ante le montant de nos émissions en syndication. Chaque transaction intervient dans un contexte et un environnement particulier. Nous nous adaptons. En l’espèce le degré d’avancement de notre programme d’émission nous permettait de procéder de la sorte.»
Cette nouvelle OAT a été placée sur la base d’un spread de 3 points de base (pb) au-dessus de l’OAT benchmark 2052, un prix serré par rapport à une juste valeur estimée à 2 pb. Une prime de 1 pb jugée satisfaisante car le point de courbe à 30 ans est un point d’inflexion sur la courbe.
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