La Fed change de ton
La Réserve fédérale américaine a, sans surprise, laissé ses taux directeurs inchangés mercredi. L’objectif de taux des fonds fédéraux (Fed Funds) reste fixé entre 2,25% et 2,50% – à l’unanimité. Parallèlement, elle a publié un communiqué actualisant ses directives liées à l’allégement de son bilan, porté à 4.100 milliards de dollars (3.570 milliards d’euros) par des programmes de rachats d’actifs consécutifs à la crise de 2008.
Preuve du changement d’ère, le communiqué publié ne fait plus référence à la perspective de deux relèvements supplémentaires des taux pour 2019, qu’elle évoquait encore en décembre dernier. «La situation actuelle requiert de la patience», a dit Jerome Powell, le président de la Fed. Une «patience» qu’attendaient les marchés : dans une note, JPMorgan signalait que si les actions et le marché obligataire américain ont rebondi par rapport à leur point bas de décembre, ils disposeraient d’une marge de progression supplémentaire si la Fed confirmait suspendre son cycle de hausse des taux. «Il est difficile d’y voir autre chose qu’une capitulation de la Fed devant les marchés, estime Michael Gapen, chef économiste américain chez Barclays, cité par Bloomberg. Le marché va lire cela comme la fin du cycle des relèvements.»
La Fed prend ainsi acte d’une évolution du contexte. L’inflation reste modérée, le marché du travail, dynamique. Mais la Fed estime désormais, prudente, que la croissance reste juste «l’issue la plus probable». Alors que la croissance mondiale décélère sous l’effet d’un ralentissement marqué en Chine et en Europe et que les marchés financiers ont connu une forte volatilité. De fait, la banque centrale a retiré de son communiqué les passages où elle jugeait que les risques sur les perspectives économiques étaient «à peu près équilibrés».
Très attendu sur les suites du shutdown qui a bloqué les administrations américaines durant trente-cinq jours – avec un coût évalué à 3 milliards de dollars –, Jerome Powell a estimé que son impact devrait être assez limité, grâce à la réouverture des ministères et au paiement des arriérés de salaires des employés fédéraux. Mais un deuxième shutdown – qui reste un risque si un accord sur l’immigration n’est pas conclu à Washington d’ici à février – pourrait avoir un impact économique durable, surtout en raison de la perte de confiance qu’il susciterait, a-t-il prévenu.
La Bourse de New York a bien accueilli cette pause, en clôturant en nette hausse. L’indice Dow Jones a gagné 434,84 points, soit 1,77%, le S&P-500, plus large, a pris 41,05 points, soit 1,55%, et le Nasdaq Composite a avancé de 154,79 points, soit 2,2%.
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