La donnée financière, mine d’or des marchés
Que les marchés montent ou baissent, il y aura toujours un gagnant à la fin de l’année : les fournisseurs de données financières. Ces rouages essentiels au fonctionnement du système sont assis sur un tas d’or et leur oligopole ne s’est jamais aussi bien porté. En annonçant le rachat d’IHS Markit, S&P Global vient de frapper un grand coup. Il suit les traces des deux géants Bloomberg et Refinitiv, dont les terminaux trônent en bonne place dans toutes les salles de marché.
En vingt ans, IHS Markit est devenu un outil indispensable aux professionnels de la dette. Il est aussi réputé pour l’analyse financière de certains secteurs comme le transport. S&P Global, poids lourd de la notation et des indices actions, référence dans l’énergie et les matières premières avec Platts, trouverait là un complément idéal. Les deux groupes se sont construits à coup d’acquisitions, et cherchent à creuser le filon de la data du futur. La valeur n’est plus dans la donnée brute, dans le tout-venant des cotations sur les Bourses. Elle réside dans des niches où ces acteurs ont su se rendre incontournables, comme les produits dérivés de crédit, ou dans l’univers en pleine expansion des actifs non cotés. Elle se déploie dans la collecte, l’analyse et l’exploitation de la masse d’indicateurs extra-financiers qui permettront, parmi tant d’autres cas d’usage, de mieux guider les investisseurs dans la poursuite de leurs objectifs environnementaux et sociétaux. Elle court le long d’une chaîne qui relie des benchmarks toujours plus raffinés à la puissance de la gestion indicielle.
Les capitalisations boursières et les multiples de valorisation de ces animaux sont éloquents. Ils révèlent, par effet de miroir, le coût de leur position dominante pour les utilisateurs de données financières – une ponction croissante sur les marges des intermédiaires financiers et des gestionnaires d’actifs et, plus sûrement encore, sur les performances servies aux investisseurs particuliers et institutionnels. La Place de Paris s’est tout récemment émue dans un rapport de l’inflation tarifaire de ces services et de l’opacité des prix. Elle relève aussi la perte de souveraineté de l’Europe face à des acteurs partiellement régulés et presque tous situés dans le monde anglo-saxon, un risque criant dans le domaine de l’ESG où experts américains et européens se livrent une bataille à fleurets mouchetés pour normer l’information. Devant cette menace, la Commission européenne peut au moins jouer de l’arme de la concurrence. Comme elle le fait en ce moment même avec le rachat de Refinitiv par la Bourse de Londres, il est temps pour elle de passer au crible l’économie des chercheurs d’or de la finance.
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