La contraction de l’économie britannique a de quoi inquiéter
La Banque d’Angleterre (BoE) a prévenu que le rebond de l’économie britannique serait poussif. La chute de son PIB au deuxième trimestre témoigne du long chemin à parcourir. Avec un effondrement de son PIB de 20,4% par rapport au trimestre précédent, la Grande-Bretagne enregistre la plus forte contraction au deuxième trimestre parmi les grandes économies.
Le PIB s’est contracté de 12,1% dans la zone euro (avec des baisses allant, pour les grandes économies de l’union monétaire, de 10,1% pour l’Allemagne à 18,5% pour l’Espagne) et de 9,5% aux Etats-Unis. Après une contraction de 2,2% au premier trimestre, la Grande-Bretagne est officiellement entrée en récession. Sur l’ensemble du premier semestre, l’économie britannique perd plus d’un cinquième de son PIB (-22,1%) contre -15,1% pour la zone euro et -10,6% pour les Etats-Unis. Seule l’Espagne, parmi les grandes économies ayant publié leur PIB au deuxième trimestre, fait moins bien avec une chute de 22,7% de son PIB.
Consommation très décevante
Cette forte divergence dans les conséquences économiques de la crise du coronavirus en Grande-Bretagne s’explique par la structure de l’économie britannique qui est très dépendante de son marché intérieur et de la consommation (notamment de l’activité hôtelière, de restauration et de loisirs) et par un confinement plus tardif que dans d’autres pays. La chute de la consommation de 23,1% est une déception selon les économistes de Barclays malgré des indicateurs à haute fréquence montrant une normalisation du comportement des consommateurs (alors que l’investissement a moins diminué qu’attendu).
Le premier ministre Boris Johnson, qui a dans un premier temps refusé les confinements stricts, a été contraint de le faire après la forte progression de l’épidémie. La Grande-Bretagne enregistre non seulement la plus importante chute d’activité mais aussi le plus grand nombre de morts liés au Covid-19 en Europe. Le point bas de l’activité a été enregistré en avril avec une chute du PIB de 25% par rapport à la situation avant la crise.
Rishi Sunak, le ministre des Finances britannique, a affirmé qu’il entrevoyait des signes prometteurs dans les dernières données du PIB. La croissance est repartie en mai et a accéléré en juin à 8,7%, selon les données mensuelles du PIB. Toutefois la reprise ne se fait pas au même rythme pour tous les secteurs, et reste inférieure aux attentes des économistes de Barclays qui prévoyaient une hausse de 11% en juin : «Le PIB est donc 17,2% inférieur à ce qu’il était en février», constatent-ils. Comme l’anticipe la BoE, la reprise sera lente et l’économie ne devrait pas retrouver son niveau d’avant la crise avant 2022.
730.000 emplois détruits depuis mars
Le rebond de l’économie pourrait buter contre la hausse du chômage. Le ministre des finances a rappelé que de nombreux emplois avaient été détruits et que beaucoup d’autres le seraient dans les prochains mois. Les entreprises ont détruit 730.000 emplois depuis mars. La fin programmée du dispositif d’aide au chômage partiel en octobre risque de précipiter les licenciements. La BoE anticipe un taux de chômage de 7,5% en fin d’année (contre 3,4% actuellement).
Alors que l’espoir d’une normalisation rapide semble s’évaporer, de nouvelles mesures budgétaires et monétaires (augmentation du QE, baisse des taux) sont inévitables. Ce d’autant que les risques de résurgence du nombre de cas de Covid-19 et le Brexit sont des facteurs additionnels suggérant que l’économie britannique pourrait continuer de faire moins bien que les autres grands pays, selon Barclays.
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