La consommation chinoise sauvera la croissance mais pas l’investissement

Les bons chiffres économiques éclairent sur une économie chinoise en décalage de cycle avec le reste du monde.
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Les indices PMI confirment que la reprise chinoise passera d'abord par la consommation  -  DR/Pixabay

Le rebond de l’activité chinoise n’entraîne pas les indices actions avec elle. Il y aurait pourtant de quoi. L’indice PMI composite, publiée vendredi, progresse à 57 points en mars, contre 56,4 points en février. Dans le détail, l’indice non manufacturier (services et construction) atteint son plus haut depuis mai 2011, à 58,2 points (contre 56,2 points le mois dernier) les sous-indices des services ou de la construction atteignant chacun des niveaux records.

Ces progressions confirment la reprise déclenchée par la réouverture du pays, et déjà perceptible dans les données du mois dernier. Celle-ci sera tirée par la consommation, puisque la production industrielle, tournée vers l’export, souffre d’une économie mondiale en ralentissement. Par ailleurs, la demande domestique en biens durables se reprend lentement -la suppression des aides à l’achat de véhicules électriques a pesé. L’indice PMI manufacturier chute, à 51,9 points, toujours en zone d’expansion mais en ralentissement par rapport à février (52,6 points). «Le rebond de la consommation est aussi due à la croissance des salaires qui, même l’an dernier, est restée très nettement supérieure à l’inflation générant d’importants gains de pouvoir d’achat», explique Anthony Morlet-Lavidalie.

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Inflation

La reprise de la consommation sera aussi aidée par une reprise du BTP. «Les bonnes données sur la construction sont surprenantes, car le secteur s’est repris plus rapidement que prévu», explique Jean-Louis Nakamura, responsable de la boutique Sustainable Equities chez Vontobel.

L’immobilier constitue le principal placement des ménages chinois : le marché à l’arrêt de l’an dernier a donc mené à une accumulation importante d’argent, tout en pesant sur le sentiment des consommateurs. «L’immobilier sera clé pour libérer l’épargne de précaution accumulée par les ménages chinois, et chiffrée à plus de 2.000 milliards de dollars».

Enfin, les données PMI confirment que la réouverture n’a pas provoqué de tensions inflationnistes. «La reprise ne concerne pas l’ensemble du cycle manufacturier, mais surtout la demande domestique puisque les commandes à l’export restent peu dynamiques. Les services sont, pour l’heure, également préservés de pressions inflationnistes comme en témoignent les sous-indices de prix de vente qui ont chuté de 4 points en mars, même si des tensions sur les prix pourraient se matérialiser en deuxième partie d’année, quand bien même elles demeureraient limitées», explique Anthony Morlet-Lavidalie. Cet aspect est d’importance : une inflation sous la cible officielle de 3% laisse les mains libres à la banque centrale pour soutenir l’économie. Celle-ci l’a déjà fait, en prêtant des volumes records au secteur bancaire en début d’année ou en abaissant les taux de réserves obligatoires, donnant plus de marge aux banques pour prêter.

L’objectif de 5% de croissance pour 2023 fixé lors des deux sessions devrait donc être dépassé. Un consensus de marché table d’ailleurs sur une croissance de 5,3%.

Désintérêt

Las, les marchés actions sont demeurés atones. Depuis début mars, et malgré les messages pro-entreprises envoyés lors des deux sessions, l’indice Hang Seng a perdu 1,1%, le CSI 300 0,5% et le MSCI Chine 0,7%. L’essentiel du rebond est déjà intégré : par rapport à novembre dernier, ces indices ont progressé respectivement de 38,9%, 15,5% et 42%.

Les flux sur les actions se sont aussi modérés. Sur les trois premières semaines de janvier, ceux-ci avaient dépassé les 4 milliards de dollars investis à travers le mécanisme StockConnect, avant de ralentir fortement. Depuis le début de l’année, les flux entrants nets atteignent 6,7 milliards de dollars.

«La Chine demeure une géographie convaincante : au regard de la qualité moyenne de bons nombres de sociétés chinoises cotées, les valorisations demeurent inférieures aux moyennes historiques, d’autant que la différence de cycle entre le pays et le reste du monde pourrait pousser les analystes à revoir les anticipations de croissance bénéficiaires à la hausse», regrette Jean-Louis Nakamura.

Le MSCI China affiche un ratio prix/bénéfices de 14,5x, sous sa moyenne de long terme. L’indice indien Sensex, qui peut représenter une alternative à la Chine pour les investisseurs internationaux, atteint un ratio de 22,3 fois les résultats. Reste qu’«il s’agit d’un investissement sur le long terme. Le sentiment des investisseurs, domestiques [la majeure partie des investisseurs en actions locales sont des particuliers chinois, ndlr] comme étrangers, s’est beaucoup refroidi depuis quatre ans, tant l’incertitude réglementaire s’est renforcée. Il faudra davantage qu’un simple changement de ton du politique pour les convaincre d’y retourner à court terme», conclut le gérant. Comment dit-on «chat échaudé» en chinois ?

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