La BRI s’inquiète de conditions financières trop favorables aux investisseurs
Dans son dernier rapport trimestriel publié hier, la Banque des règlements internationaux (BRI) souligne l’apparition d’une véritable « énigme » financière : en dépit d’un resserrement monétaire mis progressivement en œuvre par la Fed, avec une hausse de 75 points de base de l’objectif des fonds fédéraux depuis décembre 2015, en dépit d’un début de réduction de son bilan, les conditions financières ont continué de s’assouplir, depuis le début du mois de septembre, aussi bien aux Etats-Unis que dans l’ensemble des pays développés. Selon l’indice calculé par la Fed de Chicago, cité par la BRI, elles n’ont jamais été aussi favorables depuis 24 ans outre-Atlantique. Le maintien de taux obligataires très bas, la faiblesse des spreads de taux, la montée des indices boursiers, sont à la fois des indicateurs et le résultat de cette aisance financière.
Une intensification des risques
«Les risques s’intensifient» affirme Claude Borio, responsable du département économique et monétaire de la BRI. Le prix des actions américaines (rapporté aux bénéfices et ajusté du cycle économique) est deux fois plus élevé que sa moyenne de longue de période. Cette progression a été soutenue par une augmentation de 50% depuis 5 ans de la part des bénéfices distribués. «On peut s’interroger sur la soutenabilité de cette tendance» écrit la BRI, d’autant que les bénéfices des sociétés cotées ne pourront pas progresser éternellement plus vite que le PIB. De même, les rachats d’actions qui soutiennent les cours boursiers «devront être réduits en cas de hausse des taux d’intérêt, les entreprises devant alors se financer par actions», ce qui «posera la question des valorisations actuelles».
Claudio Borio s’interroge : «un resserrement monétaire peut-il être considéré comme efficace s’il est évident que les conditions monétaires s’assouplissent ?». A l’évidence, non. Et comment l’expliquer ? En fait la Fed serait victime de sa prudence. Voulant éviter les dégâts d’un krach obligataire comme celui de 1994, elle opte «pour le gradualisme et une politique très prévisible» souligne Claure Borio. Du coup, les marchés pensent qu’elle évitera à tout prix de faire chuter les valorisations, des actions comme des obligations, ce qui les conforte dans leur optimisme, et contribue aux conditions financières particulièrement favorables.
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