La BEI met de l’huile dans les rouages des obligations de projet
Le marché des «project bonds» se déploie progressivement en Europe. Après la signature mi-juillet du premier refinancement obligataire d’un partenariat public-privé en France, celui de la Cité de la musique à Boulogne-Billancourt, les promoteurs du projet Castor en Espagne ont mis à prix la semaine dernière 1,4 milliard d’euros de titres. Particularité de cette émission, selon ses initiateurs: il s’agit de la première du genre à bénéficier d’un rehaussement de crédit de la part de la Banque européenne d’investissement (BEI).
Castor désigne un projet de stockage souterrain de gaz au large des côtes catalanes, dans un ancien gisement pétrolier offshore exploité par Shell de 1973 à 1988. Le groupe espagnol ACS en a dirigé la construction, qui s’est achevée en juillet 2012. Apportée par des banques françaises (BNP Paribas, CA CIB, Natixis, SG) et espagnoles (Bankia, Caixa, Santander…) qui ont également dirigé le placement obligataire, la dette bancaire se monte à 1,27 milliard d’euros, soit un ratio de levier de 80% plutôt élevé. Mais elle n’avait pu être refinancée sur les marchés l’an dernier en raison de la crise des dettes souveraines.
Cette nouvelle tentative s’est appuyée sur le soutien de la BEI. Un véhicule luxembourgeois, Watercraft Capital, a émis les 1,4 milliard d’obligations seniors, adossées aux revenus que dégagera la société espagnole Escal UGC qui porte le projet. Le coupon est de 5,75% et le spread de 100 points de base au-dessus des emprunts d’Etat espagnols. Ces titres de maturité 2034 commenceront à être amortis à partir de juin 2014. Ils refinanceront le prêt bancaire et d’autres frais associés, comme le coût de débouclage de swaps (145 millions).
Le véhicule bénéficie d’une ligne de crédit de la BEI de 200 millions d’euros jusqu’en 2016, qui diminuera ensuite au fil des amortissements. «Cette ligne de liquidité permettra à la société d’encaisser d’éventuels chocs et de continuer à servir les coupons et le principal payés aux porteurs des obligations. Elle a un rôle de rehaussement de crédit, évalué à deux crans par Fitch, qui note les titres BBB+ au lieu de BBB-. Les obligations sont notées BBB par S&P, un cran au-dessus du souverain», explique Firouz Momeni, managing director en charge des «project bonds» chez SG CIB. La BEI a accepté en outre de souscrire à hauteur de 300 millions d’euros au placement.
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