En plus d’une troisième salve de TLTRO, Mario Draghi a décalé de trois mois, à fin 2019, l’horizon d’une éventuelle première hausse des taux.
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Olivier Pinaud
Mario Draghi, le président de la BCE, lors de la conférence de presse du 7 mars 2019.
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Photo ECB.
Pas de hausse de taux en 2019 et une nouvelle injection de liquidités pour le secteur bancaire. La Banque centrale européenne (BCE) a confirmé hier que la zone euro n’était pas encore en état de se passer de son soutien.
Si le terrain avait été soigneusement préparé ces dernières semaines pour annoncer le lancement d’une troisième salve d’injections de liquidités (targeted longer-term refinancing operations, TLTRO), le marché ne s’attendait pas à ce que la BCE décide, si tôt dans l’année, de reporter officiellement à fin 2019 un éventuel premier relèvement de ses taux. Jusqu’à présent, et même si le marché n’y croyait plus depuis quelques semaines déjà, la banque centrale avait toujours évoqué une possible remontée après l’été 2019. La décision de décaler de trois mois cette perspective a été prise à l’unanimité, a indiqué Mario Draghi, le président de la BCE. Certains membres du comité de politique monétaire ont évoqué la possibilité de reporter jusqu’en mars 2020 l’horizon d’une première hausse de taux.
Poids sur l'économie des facteurs externes
«Nous traversons une période de faiblesse continue et d’incertitude généralisée», a reconnu hier Mario Draghi, lors d’une conférence de presse au cours de laquelle il a de nouveau insisté sur les facteurs externes qui pèsent sur l’économie de la zone euro (protectionnisme, incertitude sur la nature du Brexit et vulnérabilité des marchés émergents) et sur lesquels les mesures de la banque centrale n’ont pas de prise. Les difficultés actuelles du secteur automobile allemand et le coup de frein économique en Italie noircissent également les perspectives de la zone euro.
La BCE a d’ailleurs abaissé hier ses prévisions de croissance et d’inflation pour la zone euro. Pour 2019, elle prévoit désormais une croissance de 1,1%, au lieu de 1,7% selon sa précédente estimation publiée en décembre. Pour 2020, la croissance devrait s'établir à 1,6% (contre 1,7%). La prévision de croissance pour 2021 est inchangée à 1,5%. Les estimations d’inflation cœur ont été abaissées de 0,2 point, à 1,2% pour 2019, 1,4% pour 2020 et 1,6% pour 2021, soit à chaque fois en dessous de l’objectif d’une inflation inférieure mais proche de 2%.
Injections au taux principal
Si la BCE ne peut que constater les facteurs de risques externes, elle s’emploie toutefois à éviter les dérapages internes à la zone euro. Son comité de politique monétaire a décidé hier, également à l’unanimité, de lancer une troisième salve de TLTRO, opérations qui avaient été initiées en juin 2014 et renouvelées une première fois en mars 2016.
Les modalités précises de ces TLTRO 3 seront dévoilées «en temps voulu», a indiqué, Mario Draghi. Quelques indications ont toutefois été fournies hier. Les TLTRO 3 seront lancées à partir de septembre 2019 pour s’éteindre en mars 2021. Elles auront une maturité de deux années, contre quatre ans pour la deuxième génération. Le taux auquel les banques pourront profiter des liquidités de la banque centrale sera indexé sur le principal taux de refinancement (main refinancing operations) aujourd’hui à 0,00%.
Enfin, comme pour les TLTRO 2, ces nouveaux prêts seront assujettis à des objectifs de production de crédit, la BCE souhaitant que les liquidités soient recyclées par les banques au soutien de l’économie. Ces conditions ne sont pas connues à ce stade. Celles des TLTRO 2 permettaient aux banques d’emprunter à un taux de -0,40 %, identique au taux de dépôt. Les économistes de Barclays s’attendent à un taux réel moins favorable pour les TLTRO 3, à mi-chemin entre le taux de dépôt et celui de refinancement.
Le lancement de cette troisième salve paraissait inéluctable alors que le crédit commençait à montrer des signes d’essoufflement. Selon les dernières statistiques de la BCE, la croissance du crédit aux entreprises non financières de la zone euro est revenue à 3,3% en janvier, après 3,9% en décembre 2018 et un pic post-crise de 4,3% en septembre 2018.
Surtout, le secteur bancaire européen aurait eu du mal à encaisser une coupure de la perfusion. Sur les 740 milliards d’euros empruntés dans le cadre des TLTRO 2, près d’un tiers l’a été par les seules banques italiennes. Les premiers remboursements, pour un montant de l’ordre de 400 millions d’euros, devaient débuter en juin 2020. Mais, sachant que ces prêts sont intégrés par les banques à leurs ratios structurels de liquidité (net stable funding ratio, NSFR) à un an et plus, les refinancements auraient dû débuter avant juin 2019 pour éviter de mettre en danger la liquidité.
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