Goldman Sachs donne des armes aux régulateurs
Si l’affaire Goldman Sachs sort aujourd’hui, c’est avant tout pour permettre à la réforme financière américaine d’aller de l’avant», juge un banquier parisien. Après que la SEC américaine a accusé le 16 avril la banque américaine de fraude dans la vente d’un CDO à des investisseurs, les régulateurs n’ont pas tardé à saisir la balle au bond. Le commissaire européen aux Services financiers, Michel Barnier, a ainsi estimé hier que le scandale, s’il est prouvé, renforce le besoin de l’Europe «d’agir dans le secteur des dérivés».
Les régulateurs financiers britannique et allemand, la FSA et la Bafin, ont de leur côté annoncé des enquêtes sur les éventuelles répercussions de l’annonce de la SEC dans leur juridiction. Une démarche logique, puisque les deux principales victimes du CDO Abacus 2007-AC1 sont la banque allemande IKB, à hauteur de 150 millions de dollars, et RBS, qui a versé 840 millions à Goldman Sachs en 2008 pour dénouer l’exposition d’ABN Amro sur ce dossier.
«La publicité négative qui entoure cette plainte arrive à un moment particulièrement sensible pour l’industrie bancaire: la période de consultation sur les règles Bâle 3 s’est achevée vendredi, et l’éventualité d’une taxe bancaire sera discutée aux réunions du FMI et de la Banque mondiale», relevaient hier les analystes actions de Credit Suisse.
Les observateurs tentent toujours d’évaluer les conséquences de l’affaire. Toute l’argumentation de la SEC tient au fait que la banque a caché, dans les documents marketing de l’opération, la nature du rôle joué par le fonds Paulson. Mais l’on ne reproche pas à Goldman d’avoir structuré de tels produits, qui, dans le cas d’un CDO synthétique construit avec des dérivés de crédit (CDS), impliquent nécessairement qu’une contrepartie prenne des positions courtes sur les actifs du portefeuille. Si l’on circonscrit l’analyse au strict cas Abacus, Goldman Sachs risque une amende et des poursuites qui ne seraient pas de nature à la mettre en danger, vu le préjudice causé, un milliard de dollars.
Mais le marché fait une tout autre lecture de l’événement. La chute de l’action vendredi impliquait un coût avant impôt de 2 milliards de dollars pour le groupe, deux fois les pertes des investisseurs dans Abacus, calcule Steve Stelmach, analyste de FBR Capital Markets. «L’accusation de la SEC est un coup énorme porté à la réputation de Goldman Sachs», jugent les analystes crédit de BNP Paribas.
La perspective d’une contagion à d’autres banques d’investissement a continué aussi à agiter les marchés hier. La SEC enquête sur d’autres transactions, et depuis 2007, plusieurs investisseurs sont allés devant les tribunaux. Rabobank accuse par exemple Merrill et le hedge fund Magnetar d’avoir agi de la même manière que Goldman en lui vendant un CDO. «Le cas Goldman Sachs est très particulier: à moins que d’autres banques aient laissé des gérants externes structurer des transactions similaires et ne l’aient pas révélé aux investisseurs, leur simple implication dans ce marché n’est pas une raison suffisante pour les accuser», nuancent les analystes crédit de BNP Paribas. Mais pour Credit Suisse, le coup est parti: «les problèmes de ce genre sont rarement cantonnés à une institution, et l’ère des dotcoms nous montre qu’après une crise, des pratiques de marché considérées comme normales à l’époque peuvent apparaître bien pires rétrospectivement», rappelle la banque.
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