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D’un contexte procyclique à un contexte contracyclique en Europe
Notre indicateur propriétaire de momentum économique, solidement ancré en territoire procyclique depuis mars 2023, vient de basculer fin avril. Il signale désormais un environnement macroéconomique plus adverse.
Cette phase d’expansion aura duré près de trois ans — la plus longue que nous ayons observée depuis la création de l’indicateur en 2003. Trois années particulièrement favorables à la classe d’actifs actions européenne.
Deux facteurs expliquent la durée exceptionnelle de ce cycle :
- Le double choc de 2020 (pandémie) et de 2022 (crise énergétique) avait plongé l'économie européenne dans un état de faiblesse extrême, agissant comme un effet de base favorable à une longue « relaxation » économique
- Le choc de productivité lié à l’essor de l’intelligence artificielle a prolongé la dynamique au-delà des schémas historiques habituels.
Le rally actuel trouve d’ailleurs ses racines dans les profondeurs de mars 2020. Entre le 16 mars 2020 et le 28 mai 2026, le MSCI Europe NR a progressé de +158.7 % (+16,6 % annualisé), tandis que l’EuroStoxx Banks NR affiche une performance spectaculaire de +584.2 % (+36.4 % annualisé).
Tout au long de cette période, notre indicateur n’a cessé de signaler un environnement porteur — à l’exception de la parenthèse janvier 2022–mars 2023. Cette séquence confirme une réalité que chaque cycle rappelle : c’est bien le rythme de l'économie réelle qui dicte, in fine, le comportement des bourses.
Un processus de normalisation fondamentale
La période 2020–2026 restera comme l’un des épisodes de normalisation fondamentale les plus marquants depuis la crise des « subprimes ».
Le « reset » obligataire de 2022, certes douloureux pour les détenteurs d’obligations, a permis à la courbe des taux de retrouver une configuration plus saine après des années d’anomalies — taux négatifs, pente inversée, signaux brouillés. Or, le marché obligataire constitue le socle de référence pour la valorisation de l’ensemble des actifs financiers.
Une fois ce socle restauré, les actions européennes ont pu à leur tour se rééquilibrer. L’indice européen, qui se traitait à 11,5 fois les bénéfices prospectifs en 2022, se négocie aujourd’hui à 14,5 fois, un niveau proche de sa moyenne de long terme. Le secteur bancaire a suivi la même trajectoire : son PER est passé de 6,5 fois à 10 fois, effaçant des années de décote.
Vers une consolidation horizontale ?
Après un rally d’une telle ampleur et un processus de normalisation aussi abouti, une phase de digestion paraît probable. Elle pourrait prendre la forme d’une consolidation horizontale des indices, susceptible de durer plusieurs mois — d’autant que le contexte géopolitique demeure source d’incertitude.
Cette pause pourrait s’accompagner d’une rotation vers les segments les plus défensifs et les plus liquides du marché, conformément aux dynamiques habituellement observées en environnement contracyclique.
Le tableau ci-dessus indique que le secteur Santé est traditionnellement le secteur le plus performant dans les environnements contracycliques (secteur contracyclique à faible « beta »)
Inversement, le secteur Banque est l’un des secteurs les moins performants dans les environnements contracycliques (secteur procyclique à haut « beta »)
Conclusion
Le basculement de notre indicateur invite à une plus grande sélectivité dans l’allocation actions européenne. Après plusieurs années de revalorisation des actifs risqués, le potentiel de hausse des indices semble plus limité à court/moyen terme. Et ce d’autant plus que la BCE devrait malencontreusement relever les taux directeurs lors de sa prochaine réunion en juin.
Dans ce contexte, une approche plus diversifiée et intégrant les secteurs défensifs et faiblement corrélés au cycle paraît la mieux adaptée.
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