Deutsche Bank devra convaincre sur son modèle

Positive pour sa solvabilité, l’augmentation de capital soulève des doutes sur son RoE
Antoine Landrot

Deutsche Bank arrivera-t-elle à convaincre de la justesse de sa stratégie? En annonçant son intention de procéder à une augmentation de capital de 8 milliards d’euros pour renforcer ses fonds propres, se couvrir contre une inflation toujours possible de la facture des litiges et financer son développement dans la banque d’investissement, en particulier sur les produits de taux, l’établissement allemand a suscité une certaine circonspection. Le titre a clos hier la séance en recul de 1,6%, à 30,3 euros.

L’opération est logique en terme de solvabilité. Deutsche Bank était notoirement sous-capitalisée et avait accusé une baisse de 20 points de base (pb) de son ratio common equity tier one (CET1) sous Bâle 3 au premier trimestre 2014, à 9,5%. Ce niveau la place en queue du peloton des principales banques européennes: UBS affiche un CET1 de 13,2%, HSBC 10,8%, BNP Paribas 10,2%, Crédit Suisse 10% et Barclays 9,6%.

L’opération permettra à Deutsche Bank d’augmenter son ratio de 230 pb (à 11,8%); l’objectif de plus de 10% fixé à l’horizon mars 2015 serait dépassé dès cette année. Début mai, l’agence Moody’s avait placé les notes du groupe sous surveillance négative, en partie en raison de la baisse de sa solvabilité. «L’opération est positive pour Deutsche Bank en terme de crédit. Nous nous attendons à ce que les spreads se resserrent modestement, grâce aux ratios de fonds propres beaucoup plus sains, même si ces derniers seront probablement entamés par les contraintes en cours – réglementation, AQR, litiges…», écrivent les analystes de CreditSights.

L’autre bonne nouvelle concerne l’effet de l’opération sur le ratio de levier (rapport entre le capital tier one d’une banque et l’ensemble de ses actifs et fixé à 3% en 2018 pour l’ensemble du secteur). Pour Deutsche Bank, ce ratio «s’élevait à 3,2% à fin mars. Néanmoins, en excluant les dettes tier one non éligibles, ce ratio ne dépasserait pas 2,5%», écrit Gabriella Serres, analyste-crédit chez Aurel ETC Pollak, pour qui l’opération est une «bonne nouvelle» notamment pour les détenteurs de dettes subordonnées.

L’augmentation de capital, ainsi que les futures émissions de dettes tier one compatibles avec Bâle 3 planifiées d’ici à décembre 2015 (5 milliards d’euros), permettent au groupe d’améliorer son objectif de ratio de levier à 3,5% fin 2015. Deutsche Bank est d’ailleurs en train de présenter au marché une première émission multidevise d’un montant de 3 milliards d’euros, dont le prix est attendu aujourd’hui.

Par ricochet, l’opération met la pression sur les derniers retardataires européens. Commerzbank, dont le ratio CET1 atteint 9%, a vu son titre chuter de 2,5% (à 10,95 euros).

Convaincre les investisseurs actions du bien-fondé de cette augmentation surprise ne sera toutefois pas chose aisée pour Deutsche Bank. Imaginer que la croissance future de ses bénéfices puisse dépendre lourdement de son activité sur les taux – alors que la plupart de ses concurrents européens réduisent la voilure – est un pari risqué.

«Le fait qu’elle estime qu’un rendement de ses fonds propres (RoE) de 12% soit encore atteignable est une énorme surprise, dans la mesure où l’objectif était déjà peu réaliste avec le niveau de capital actuel. Avec 8 milliards de plus, c’est clairement hors d’atteinte», affirme Philipp Hässler, analyste chez Equinet Bank-ESN.

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