Bruno Le Maire doit convaincre sur la taxe européenne sur le numérique
La taxe sur les géants du numérique continue de diviser les Européens. Le projet de directive a été porté à l’ordre du jour de l’Ecofin du 6 novembre prochain, avec un texte de compromis désormais à portée de main. La France espère pouvoir la mettre en œuvre avant les élections européennes de mai prochain, ce qui implique qu’un accord devra être trouvé avant décembre, mais l’initiative française reste suspendue à l’opposition de l’Irlande, qui y voit une attaque frontale à son modèle économique fondé sur la faiblesse de la fiscalité, et qui bénéficie du soutien de plusieurs pays nordiques. Le ministre français de l’Economie et des Finances se rend aujourd’hui à Strasbourg pour tenter de débloquer la situation, non pas en négociant avec les derniers Etats réticents, mais en faisant «en sorte que les opinions publiques se mobilisent aussi, ailleurs qu’en France», explique une source à Bercy. Bruno Le Maire devra faire forte impression.
Pour convaincre les pays nordiques et l’Allemagne, indécise depuis plusieurs mois sur ce dossier, Bruno Le Maire mise sur l’opinion publique, avec l’objectif d’isoler l’Irlande afin de la faire plier. L’opération séduction débutera par la publication d’une lettre ouverte aux citoyens européens, avant une audition au Parlement européen, ce qui lui donnera l’occasion de déployer l’argumentaire français en faveur de la réforme fiscale, et il participera avec des eurodéputés, notamment allemands, à un «événement de mobilisation» sur la question. Le ministre s’affichera enfin au côté de Margrethe Vestager, la commissaire européenne à la Concurrence, pour participer à un débat citoyen sur la souveraineté économique européenne.
La proposition européenne, dévoilée en mars dernier, entend taxer les géants du numérique sur leurs activités liées à la revente des données de leurs utilisateurs européens à hauteur de 3% du chiffre d’affaires de ces activités. Seules les entreprises réalisant un chiffre d’affaires mondial supérieur à 750 millions d’euros, dont 50 millions en Europe, seront concernées. De fait, la taxe ne devrait s’appliquer qu’à 150 à 170 entreprises et rapporter plus de 5 milliards d’euros en Europe, précise Bercy, dont environ 500 millions pour la France.
Un rendement suffisamment faible pour ne pas provoquer de représailles américaines, espère Bercy, mais l’administration Trump pourrait le voir différemment. Déjà, le Sénat américain a envoyé la semaine dernière une lettre à la Commission pour lui demander d’abandonner le projet.
Plus d'articles du même thème
-
L’Italie veut instaurer l'exit tax pour retenir les millionnaires
Calquée sur le modèle français avec quelques nuances, la proposition de taxe concerne les titulaires d’un patrimoine financier supérieur à 800.000 euros qui seraient tentés par un départ de la Botte. -
Réductions de capital avec rachat de titres : l’étau fiscal se resserre
Longtemps traitées avec une relative neutralité fiscale, les réductions de capital font l'objet d'un durcissement fiscal progressif, analysent dans une tribune pour l'Agefi Christine Daric, associée, et Thomas Poiret, counsel, chez BCLP. -
Le Premier ministre britannique joue la prudence pour son premier budget
Quelques mesures de soutien aux ménages et de légères hausses d’impôts permettront de dégager une petite souplesse budgétaire mais les grandes décisions, portant sur la protection sociale ou le financement de la défense, sont repoussées à plus tard.
ETF à la Une
Près d’un quart de la collecte d'octobre sur les ETF en Europe s’est dirigé vers les actifs américains
- Crédit Mutuel Arkéa avoue être victime d'une cyberattaque historique
- Jean-Pierre Thomas (TVI) : «Il n’y a pas de dossier Thomas Vendôme Investment mais un dossier Malakoff Humanis»
- La Société Générale supprime des postes dans sa banque de détail et ses services titres
- Les gérants confirment leur confiance dans les marchés actions américains
- Pour les banques françaises, la défaite de Donald Trump éclipse une décision de Fitch
Contenu de nos partenaires
-
Seine colèreQuand François Bayrou a fait le forcing pour occuper un hôtel particulier aux Invalides
Nommé en 2020 à la tête du Haut-Commissariat au Plan, le centriste, qui a toujours alerté sur les dangers de la dette et des déficits publics, a fait stopper la vente d'un hôtel particulier parisien par l'Etat pour s'offrir des salons d'apparat -
Après New York, l’aile gauche des démocrates remporte la mairie de Los Angeles
Avec l’élection de Nithya Raman, surnommée « la Mamdani de Los Angeles », les deux villes les plus peuplées des Etats-Unis sont désormais dirigées par l’aile gauche du Parti démocrate. -
Une moisson d’or
Face à l’or de la joaillerie, le travail de l’artiste Nathalie Seiller Dejean autour de la paille qu’elle tresse et taille avec une précision d’orfèvre fait écho. Elle révèle une noblesse inattendue quand l’or et la paille, que tout oppose, se rejoignent dans un même geste d’excellence.