Brexit without exit
Theresa May a tort d’affirmer à propos du Brexit : « Nous sommes dans une impasse ». C’est elle seule, et le pays qu’elle gouverne, qui sont dans une impasse. Alors que le délai de décision arrêtant les conditions de sortie du Royaume-Uni se compte moins en semaines qu’en jours, la réaction dépitée du Premier ministre au sommet de Salzbourg montre qu’elle n’a pas, publiquement du moins, pris la mesure de la réalité qui est la sienne et dont elle ne parvient pas à sortir. La situation britannique a peu à voir avec une prétendue intransigeance de ses partenaires de l’Union, et beaucoup avec l’incapacité des conservateurs à se mettre d’accord sur l’avenir politique et économique de leur pays.
Depuis le référendum de juin 2016, un temps infini a été perdu en discussions sur les différentes options sur la table dessinant les futurs rapports avec l’Union. Scénario à la norvégienne, à la canadienne, « hard Brexit »… : aucun n’a eu l’heur de recueillir une majorité même relative au sein de son gouvernement, ce qui n’est finalement que le juste salaire des arguments biaisés, voire carrément mensongers, tenus par les plus zélés « Brexiters » durant la campagne et sur lesquels personne n’a osé revenir. Le mensonge est à la base de la décision des électeurs britanniques et continue, aujourd’hui encore, à égarer le débat. Il a fallu un vrai courage politique, et une bonne dose de rouerie, à Mme May pour imposer le plan de Chequers sans que le départ des ultras ne condamne son cabinet. Mais jamais ce plan n’a reçu le moindre aval de ses futurs ex-partenaires de l’Union, du fait de l’absence de solution convaincante concernant la frontière irlandaise et de l’atteinte à l’intégrité des grands principes de l’Union. Plusieurs hauts responsables de l’UE, dont Michel Barnier, ne l’avaient pas caché, et Mme May ne pouvait l’ignorer. Sa colère au retour de Salzbourg doit peut-être à la naïveté, mais plus sûrement à son souci de peser sur les choix que la conférence de son parti fera à la fin de ce mois. Son sort en dépend.
La balle n’est pas dans le camp de l’Union européenne, qui a clairement annoncé la couleur d’entrée de jeu, n’en a plus varié et su maintenir sa cohésion sur le sujet depuis près de 30 mois, en dépit de l’intense lobbying britannique. Elle est dans le camp conservateur. Si vraiment l’objectif principal est d’assurer au pays un traité de commerce avantageux, la solution la moins dommageable, n’en déplaise aux ultras piteusement incapables de s’entendre entre eux sur un plan B, demeure l’option norvégienne. A défaut, un « hard Brexit » à court terme est inévitable si les électeurs ne sont pas appelés une nouvelle fois à trancher le débat, par le biais d’une élection générale ou d’un nouveau référendum. Pour sortir de l’impasse, le mieux est encore de retourner sur ses pas, surtout quand le rapport de force est à ce point défavorable et les conséquences d’un départ désordonné aussi dissymétriques. Mme May devrait s’y résoudre, pendant qu’il en est temps encore.
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