«BPI France doit pouvoir reprendre des sociétés sous LBO»
Nicolas Dufourcq, directeur général de la Banque publique d’investissement, évoque les travaux en cours et les évolutions par rapport au FSI
Publié le
A. Garabedian et O. Pinaud
Nicolas Dufourcq, directeur général de la Banque publique d'investissement
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L’Agefi: Quelles étapes restent à franchir pour que la BPI soit pleinement opérationnelle?
Nicolas Dufourcq: BPI France a tenu son premier conseil le 21 février, et son comité exécutif, avec ses six patrons de métiers, fonctionne déjà. La valorisation des apports de l’Etat et de la Caisse des dépôts devrait être arrêtée dans les 15 jours, pour une réalisation fin mai ou début juin. Entre le 15 et le 24 juin, nous espérons les feux verts de Bruxelles, de l’Autorité de la concurrence et de l’ACP, ainsi que le résultat de la consultation des partenaires sociaux. Les 22 directeurs régionaux de BPI France, correspondant aux actuels directeurs d’Oséo, seront aussi nommés à cette date. Nous travaillons enfin sur le plan stratégique des métiers et du groupe, en lien avec celui de la Caisse des dépôts.
Que prévoit le pacte d’actionnaires entre la CDC et l’Etat ?
Le pacte sera présenté entre le 15 mai et le 15 juin. Il prévoit que le directeur général de BPI France est nommé d’un commun accord entre les deux actionnaires, et qu’il est le PDG des deux filiales, BPI France Financement (ndlr: Oséo) et BPI France Investissement (ndlr: CDC Entreprises et FSI). Le pacte régira aussi les poids respectifs de l’Etat et de la Caisse des dépôts dans chacun des conseils des différentes entités du groupe.
Devrez-vous céder des actifs du FSI pour rester manœuvrant?
Nous n’avons pas de problèmes de capacité. Il reste 3,6 milliards d’euros de capital à libérer du côté du FSI. BPI France Investissement aura une capacité d’intervention de 1,3 milliard à 2 milliards d’euros par an, qui dépendra de la demande des PME-ETI. S’agissant des cessions, le FSI s’est allégé en 2013 dans des participations cotées dont il a hérité à sa création en 2009, mais il n’a pas encore vocation à céder les lignes acquises depuis cette date. Il n’y a que la ligne France Télécom (13,5% du capital) qui ne bougera pas. Enfin, Oséo et le FSI n’ont pas besoin pour l’instant de tirer sur les lignes de liquidités des fonds d’épargne, dont le coût n’est pas compétitif par rapport au financement de marché.
Pourquoi faire évoluer la doctrine d’investissement du FSI ?
La doctrine d’intervention du FSI lui interdisait de pratiquer le «cash out», c’est-à-dire de racheter des sociétés sous LBO à des fonds. Il a dû refuser beaucoup de dossiers qui peuvent aujourd’hui laisser des regrets, car on a laissé sortir du patrimoine français de belles entreprises de taille intermédiaire (ETI). BPI France doit pouvoir reprendre des sociétés sous LBO, sous réserve de valorisations raisonnables, et en co-investissant avec des acteurs privés, afin de créer des consolidateurs d’origine française. Beaucoup d’entreprises peuvent devenir des «Essilor» 2030.
Cela vous amènera-t-il à revoir votre stratégie de fonds sectoriels ?
Notre rôle n’est pas de saupoudrer mais d’identifier, au sein d’un secteur, les entreprises hors normes. Je préfère parler de champions plutôt que de filières. Je sensibiliserai à cette approche les équipes de gestion des fonds sectoriels qui ont été mis en place pour les équipementiers automobiles, le bois ou la mode, et qui seront conservés. Je nommerai aussi des spécialistes sectoriels au sein de BPI France Investissement.
Pourriez-vous aussi faire du retournement d’entreprises?
Une institution publique ne peut pas exercer cette activité en direct, compte tenu des pressions auxquelles elle est soumise et des risques liés au retournement. BPI France ne pourra l’exercer qu’à travers des fonds de fonds. Mais il reste très difficile de trouver des acteurs privés pour gérer ce type d’actifs.
Heuliez entre dans cette catégorie. Faut-il craindre que la BPI y investisse sur injonction politique?
BPI France n’a pas investi dans Heuliez, contrairement à ce que l’on a pu lire ! Oséo a financé depuis 2005 l’entreprise. Heuliez appartient aujourd’hui à une holding diversifiée qui possède d’autres entreprises. Les actionnaires de la société nous ont sollicités pour que nous aidions la filiale en difficulté. Nous avons refusé, en proposant une intervention au niveau de la holding. Les actionnaires d’Heuliez n’ont pas donné suite.
Pourriez-vous reprendre la SNCM ?
Par principe, le FSI, et demain BPI France Investissement, examinent tous les dossiers qui leur sont présentés. Cela avait été le cas pour Petroplus et Florange, sans que le FSI donne suite. Nous n’avons pas été saisis du dossier SNCM.
Le FSI a franchi à la hausse 5% du capital de Technicolor, pourquoi ?
Nous ne sommes pas dans une approche agressive. Technicolor est une très belle ETI française. Nous voulons envoyer le message qu’elle a vocation à le rester et à conserver son intégrité, avec le management actuel. La valeur décotée des titres nous a permis de le faire à des conditions financières raisonnables.
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