Berlin joue les pionniers dans le contrôle du trading haute fréquence

Sans attendre un accord au niveau européen, le gouvernement allemand a adopté un projet de loi hier visant à garantir une plus grande stabilité des marchés
Lothar Gries, à Francfort

Alerté par le «krach éclair» à Wall Street en mai 2010 qui avait causé une chute du Dow Jones de 1.000 points en l’espace de quelques minutes à cause d’un emballement des ordinateurs, le gouvernement allemand a décidé de réagir. Sans attendre un accord au niveau européen, Berlin a adopté un projet de loi, hier, pour encadrer les transactions boursières à haute fréquence. «Le trading à haut débit est devenu une nouvelle source d’instabilité des marchés financiers, faisant surgir des risques de fluctuations extrêmes et irrationnelles des cours», explique-t-on au ministère allemand des Finances.

Selon les estimations de la BaFin, l’autorité allemande de surveillance des marchés financiers, la pratique qui consiste à acheter et vendre des titres à la vitesse de microsecondes, concerne actuellement quelque 40% des transactions financières à la Bourse de Francfort et environ 55% des échanges boursiers aux Etats-Unis. Le projet adopté hier doit apporter «plus de transparence, de sécurité et de surveillance», ce qui rendra «le système financier plus résistant aux crises», selon le communiqué du ministère.

La nouvelle loi prévoit notamment la nécessité pour la vingtaine de traders allemands disposant de plates-formes boursières à haute fréquence de se faire enregistrer auprès de la BaFin et de lui dévoiler leurs algorithmes. Les traders devront aussi respecter un «équilibre approprié» entre le nombre d’ordres demandés et le nombre d’ordres exécutés (order-to-trade-ratio) afin d’éviter une manipulation des cours. Une taxe sera par ailleurs prélevée dans le cas d’une annulation massive d’ordres. La loi impose également aux traders de programmer leurs ordinateurs de telle façon à éviter des réactions en chaîne, conduisant à des scénarios extrêmes. Dans un tel cas, les opérateurs boursiers comme Deutsche Börse auront la possiblité de suspendre immédiatement la cotation des cours.

Le projet renonce cependant à imposer un temps de présence minimum pour les ordres boursiers dans les carnets. Introduire un temps de latence d’une demi-seconde comme le demandent certains parlementaires européens serait la fin du trading à haute fréquence, estime le ministère des Finances, expliquant qu’en moyenne avec ce genre de trading les ordres restent seulement trois millisecondes dans les carnets.

La nouvelle loi doit être présentée au Parlement avant la fin de l’année afin qu’elle puisse entrer en vigueur mi-2013.

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