Bercy relâche le carcan des assureurs pour financer les entreprises

La réforme du code des assurances sera annoncée mercredi: elle facilitera la désintermédiation du crédit pour le financement de l'économie
Antoine Landrot
Bercy relâche le carcan des assureurs pour financer les entreprises. Photo: PHB
Bercy relâche le carcan des assureurs pour financer les entreprises. Photo: PHB  - 

Mercredi sera présentée à Bercy la réforme du code des assurances pour permettre aux compagnies d’investir dans des prêts aux entreprises. Une réforme très attendue pour combler certaines lacunes qui limitent les marges de manœuvre des assureurs, alors que les banques font preuve de prudence à l’égard des PME et des ETI.

Certes, le secteur n’a pas attendu pour prendre part à la désintermédiation du crédit. En l’espace d’un an, on a ainsi vu, dans les prêts aux entreprises, Axa s’associer avec Commerzbank, la Société Générale et le Crédit Agricole, Ageas convoler avec Natixis et Cardif confier 280 millions d’euros à sa maison-mère BNP Paribas.

Mais les obstacles demeuraient nombreux. Le code des assurances restreint en effet les financements dans les PME non cotées et la proportion de prêts dans le total des actifs d’un assureur. Des limites qui encourageaient les investisseurs à structurer des fonds communs de placement ou de titrisation en Irlande ou au Luxembourg. Autant de pertes pour la Place de Paris.

Parallèlement seront lancés mercredi, sous forme d’initiative publique sous l’égide de la Caisse des dépôts et en association avec la Fédération française des sociétés d’assurances, plusieurs «fonds de prêts à l’économie». Car la désintermédiation va au-delà des entreprises. Comme l’ont montré plusieurs annonces de ces derniers mois, les infrastructures, réalisées ou en projet, l’immobilier et les collectivités locales sont également concernées: CNP s’appuie sur Natixis et La Banque Postale AM, Suravenir sur Arkea.

Mais dans ce concert de louanges, quelques voix discordantes se font entendre. Certains assureurs demeurent prudents. Axa, pourtant très actif dans la désintermédiation, a beaucoup hésité avant de se lancer dans les infrastructures, à partir de la propre plate-forme d’Axa Real Estate: l’alignement n’est pas aisé à trouver. Le sujet soulève aussi la question de la délégation de l’analyse des actifs. C’est pour cette raison que le mutualiste Covéa refuse d’investir dans la dette d’entreprise ou d’infrastructure. «La désintermédiation, c’est du shadowbanking! Nul ne sait qui va suivre le risque tout au long de la vie du prêt, tonne un banquier, qui estime que les assureurs devraient exiger que la banque conserve à son bilan un quart de chaque prêt. C’est envisageable si les assureurs disposent de leur propre équipe bancaire.»

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