Bâle 3 risque de renchérir le coût des lignes de trésorerie

Les professionnels du crédit syndiqué s’inquiètent des effets de la nouvelle régulation sur les lignes de liquidités non tirées
Alexandre Garabedian

Bâle 3 sème le doute chez les professionnels des prêts syndiqués. Le nouveau ratio de liquidité à 30 jours que les régulateurs bancaires entendent tester à partir de 2011 pourrait en effet renchérir significativement le coût des crédits de trésorerie, en raison d’une définition imprécise.

Le liquidity coverage ratio (LCR), destiné à prévenir une crise de liquidité au sein d’une banque, distingue deux types de lignes non tirées: les facilités de crédit, d’une part, et les facilités de liquidité, de l’autre. Face aux premières, les banques devraient détenir 10% d’actifs liquides à leur bilan. La pondération passerait à 100% pour les secondes. Mais la nature même des «lignes de liquidité» fait aujourd’hui débat.

«Le Comité de Bâle ciblait à l’origine les lignes de soutien aux conduits de titrisation. Mais la définition qu’il propose recouvre aussi les lignes revolving non tirées», explique un prêteur. La Loan Market Association (LMA), qui représente la profession en Europe, a alerté les régulateurs. «Nous plaidons pour une définition restreinte aux authentiques lignes de support (backstop et standby), excluant les lignes que les entreprises peuvent tirer occasionnellement pour financer leur besoin en fonds de roulement», plaide Clare Dawson, managing director à la LMA.

Les conséquences de la nouvelle règle semblent évidentes. «On assiste ces derniers mois à un phénomène de surliquidité artificiel sur le marché des crédits syndiqués lié à l’absence d’importantes opérations de financement d’acquisition et au fait que l’activité est dominée par des refinancements de lignes de crédit non tirées, indique Damien Lamoril, membre du conseil de la LMA et coresponsable de la syndication de prêts en Europe pour Société Générale CIB. Si les propositions du Comité de Bâle restent en l’état, le coût de ces facilités aujourd’hui accordées à faible marge devra augmenter».

De nombreux emprunteurs bien notés ont bénéficié ces dernières semaines de l’excès d’offre pour refinancer d’anciennes lignes. Nestlé vient de relever de 4 à 5 milliards d’euros un refinancement à 5 ans, avec une marge de 12,5 points de base. RWE ou EDF ont obtenu de payer une marge fixe même en cas de dégradation de leur note.

La plupart des contrats comportent certes des clauses dites d’increased cost, qui permettent au prêteur de répercuter une hausse du coût de sa ressource. Reste à savoir si ces clauses couvriront aussi l’effet Bâle 3.

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