Un DeFi pour les régulateurs
DeFi porte bien son nom. La « decentralized finance » ou finance décentralisée, cette nébuleuse qui connaît depuis deux ans un essor spectaculaire, pose un sacré défi aux régulateurs de tous bords. Le bitcoin, sa partie la plus visible, ne constitue que la pointe émergée de l’iceberg. Les autorités ont commencé à organiser la riposte, en invoquant la protection du consommateur. Après la Chine, qui a sommé ses banques de se tenir à l’écart des cryptomonnaies, le gendarme financier britannique vient de frapper un grand coup en interdisant à Binance, l’une des plateformes les plus populaires du secteur, de proposer ses services de trading au Royaume-Uni.
Cette contre-offensive des superviseurs, que le Comité de Bâle se propose de compléter en durcissant ses exigences à l’égard des banques exposées aux crypto-actifs, n’a pourtant pas provoqué d’effondrement des prix. C’est que les gendarmes des marchés sont loin d’avoir fait le tour de la planète DeFi. Bâties autour de la technologie blockchain, des applications permettent aujourd’hui à leurs utilisateurs de traiter des contrats dérivés ou encore de prêter à des taux lucratifs sans s’embarrasser d’intermédiaires. Dans ce Far West digital, pas de courtiers reliés à la liquidité banque centrale ou de chambres de compensation ayant passé l’épreuve des tests de résistance.
D’où la critique d’un « subprime puissance 100 » parfois adressée à ces start-up qui n’ambitionnent rien moins que de révolutionner le système financier. Là où l’interconnexion règne en maître, les dangers d’une réaction en chaîne en cas de défaut d’une contrepartie sont démultipliés. Ils s’ajoutent à d’autres périls : bug, piratage, défaut de gouvernance du protocole qui régit l’infrastructure… La substance même des activités à réguler constitue un casse-tête. Tous les jetons numériques sont-ils des titres financiers, soumis dès lors à la surveillance des autorités boursières ? Peut-on donner son feu vert à un logiciel open source, et dans quelle juridiction ?
Les banques centrales ont commencé à se saisir du sujet par les deux bouts, en planchant sur les risques du système et en lançant des projets de monnaie digitale. Ces derniers portent cependant en eux le germe d’une désintermédiation des banques commerciales, ce qui les rend délicats à mettre en œuvre, et s’opposent à la philosophie libertaire originelle des utilisateurs de cryptos : ils permettraient de renforcer les pouvoirs de contrôle de l’Etat sur le citoyen, comme l’a bien compris Pékin. Entre les tenants de l’innovation à tout crin et les régulateurs, la course va donc s’accélérer. Mais même s’ils partent toujours avec du retard, les seconds finissent bien souvent par l’emporter, au besoin avec l’appui du fisc. Si les partisans de la finance décentralisée souhaitent son développement, ils ne pourront faire l’économie de règles de contrôle des risques et de conformité.
Plus d'articles du même thème
-
TotalEnergies doit inclure les émissions de scope 3 dans son plan de vigilance
Le tribunal judiciaire de Paris donne six mois au pétrolier pour compléter sa cartographie des risques et y inclure les mesures nécessaires. Retour devant le juge le 21 janvier 2027 pour un contrôle. -
Fygr change de nom et part à la conquête des ETI
La fintech spécialisée dans la gestion de trésorerie devient Okimia. Elle lance deux nouveaux modules autour des paiements et des placements de trésorerie excédentaire. -
Rcube Asset Management obtient son agrément MiCA
La société de gestion alternative française Rcube AM, qui s’est lancée dans les actifs numériques à la fin des années 2010, a déjà deux équipes de gestion de stratégies explorant les inefficiences de la classe d'actifs sur sa plateforme.
ETF à la Une
BNPP AM franchit une nouvelle étape dans sa conquête des ETF actifs
- C'est la fête du slip à la Bourse de Paris
- Le vendeur à découvert Grizzly Research multiplie les attaques sur les sociétés cotées européennes
- Première bougie pour Antonio Filosa chez Stellantis, mais l’étincelle reste à venir
- Alphabet entre dans l’indice Dow Jones, un symbole plus qu’une reconnaissance
- L'assurance emprunteur veut en finir avec les clauses d'exclusion
Contenu de nos partenaires
-
Affaire Lyhanna : la femme de Jérôme Barella a dénoncé un viol conjugal pendant son audition
Auditionnée dans le cadre d’investigations à la suite de plaintes pour viols sur mineures visant Jérôme Barella, sa femme a dénoncé des faits de viol commis par son mari -
Canicule : malgré la baisse de la chaleur, les effets sanitaires « restent devant nous », prévient l'exécutif
Dans les hôpitaux, « un plateau haut va s’installer pendant plusieurs jours, par effet de latence sanitaire (déshydratation, décompensations, hospitalisations différées) », constatent les services du Premier ministre, samedi 27 juin. On compte 37 départements en vigilance rouge canicule ce jour, soit moins qu’hier -
IA : Washington réautorise un accès limité au modèle Mythos d'Anthropic
Il y a deux semaines, Howard Lutnick, ministre américain du Commerce, avait demandé à Anthropic de cesser l’accès à deux modèles de pointe. Ce pour des raisons de sécurité nationale à la suite de la détection de failles