Raiffeisen se résout à diluer massivement ses actionnaires
La réalité rattrape Raiffeisen Bank International (RBI). La troisième banque autrichienne a annoncé qu’elle mènera dans les 6 mois une augmentation de capital de 2 à 2,25 milliards d’euros pour renforcer ses fonds propres. Son produit sera destiné à rembourser l’aide de 2,5 milliards d’euros reçue de la part de l’Etat autrichien (1,75 milliard) et d’investisseurs privés (750 millions d’euros) au plus fort de la crise, sous la forme de titres participatifs. Deutsche Bank et UBS devraient mener l’opération. La banque prévoit par ailleurs d’émettre 500 millions d’euros de dette subordonnée tier 1 dans les douze mois.
Le groupe opère un virage à 180 degrés. Il s’était jusqu’à présent refusé à toute levée de fonds, comptant sur sa génération de résultats et sur des cessions d’actifs. Mercredi soir, Raiffeisen a aussi annoncé qu’il renonçait à vendre sa filiale en Hongrie, en perte, devant la faiblesse des offres reçues.
La banque, qui capitalisait 5 milliards d’euros hier en Bourse, se résout donc à une dilution massive de ses actionnaires. Et notamment du premier d’entre eux, Raiffeisen Zentralbank (RZB), le groupement de banques coopératives qui contrôle 78,5% du capital de RBI. «Au cours actuel et avec l’hypothèse d’une décote faciale de 30%, l’opération serait dilutive sur les bénéfices par action estimés en 2014 et 2015 de 23% et 16% respectivement», calculaient hier les analystes de Natixis.
D’où la réaction des investisseurs hier, qui ont fait plonger l’action de 9% en séance. L’effort consenti par RZB contraste avec l’attitude de la Fondation Monte Paschi, qui a fait reporter l’appel au marché de MPS, un autre maillon faible du secteur bancaire européen.
Plusieurs facteurs peuvent expliquer le revirement de Raiffeisen. Sur le plan financier, «les titres participatifs ne seront plus considérés comme du tier 1 après fin 2017, et leur coupon de 8% va augmenter progressivement dès 2014», rappelle CreditSights. En retraitant ces titres, le ratio de solvabilité CET1 du groupe en normes Bâle 3 tombait à seulement 6,4% fin septembre.
La revue de la qualité des actifs bancaires de la BCE et les tests de résistance qui seront menés cette année ont aussi pesé dans la balance. Sous la pression du régulateur autrichien, Raiffeisen pâtit en outre de la comparaison avec son compatriote Erste Bank, qui a levé 660 millions en juillet pour rembourser ses aides d’Etat après avoir longtemps repoussé cette option.
Plus d'articles du même thème
-
Kevin Warsh propose une Fed «moins communicante»
Les acteurs du secteur financier peuvent y voir une évolution potentiellement positive si cela permet de réagir plus vite et mieux aux données. On peut cependant encore douter que le banquier central nommé par le président Donald Trump soit celui qui cherche ainsi à dépolitiser la Fed. -
Le M&A s'alimente de nouveau au gros gibier
En dépit de moindres volumes, la valeur des opérations de fusions & acquisitions a rebondi durant ce premier semestre 2026, un début d'année marqué par des transactions de grande envergure. L'intérêt des investisseurs se concentre notamment sur les secteurs des télécommunications, de l'énergie, des infrastructures et de l'intelligence artificielle, relèvent les banques d'investissement. -
CRH change de braquet aux Etats-Unis
L’acquisition d’Arcosa en numéraire pour 8,5 milliards de dollars, dette incluse, renforcera la position du groupe irlandais de matériaux de construction dans les infrastructures et l’énergie.
ETF à la Une
AllianzGI va lancer cinq ETF actifs en Europe dès l'été
- «Les anticipations de résultats sur le S&P 500 laissent entrevoir un potentiel de surprises positives»
- Accenture ravive les craintes sur l’IA et enfonce Capgemini dans le rouge
- L’environnement de marché est moins favorable à l’or
- Maisons du Monde s’apprête à passer sous le contrôle de deux fonds britanniques
- Nickel lance un compte pour les pros
Contenu de nos partenaires
-
AdaptationClimatisation : la grande bascule des politiques
Face aux canicules à répétition, le débat sur le dérèglement climatique n’existe plus. Il se déplace sur l’adaptation. En se cristallisant sur la seule question de la clim, devenue très politique -
Commerce internationalLe commerce maritime international en mode agile
De la mer Rouge au détroit d'Ormuz, les crises géopolitiques rebattent les cartes du transport maritime. Armateurs, assureurs et transitaires s'organisent désormais pour naviguer dans un monde où l'incertitude est devenue la norme. A l'occasion du Rendez-vous ParisMAT qui se tient aujourd'hui et demain à Paris, petit tour d'horizon de ce nouveau quotidien -
EXCLUSIFDominique de Villepin : « Il faudra revenir à une taxe carbone »
Retour de l’ISF, taxe carbone, fonds souverain de 100 milliards… L’ancien Premier ministre de Jacques Chirac dévoile en exclusivité les grandes lignes de son programme économique pour l’élection présidentielle de 2027