Raiffeisen se résout à diluer massivement ses actionnaires

A l’approche des tests de résistance européens, la banque autrichienne accepte enfin de lancer une augmentation de capital de 2 à 2,25 milliards d’euros
Alexandre Garabedian

La réalité rattrape Raiffeisen Bank International (RBI). La troisième banque autrichienne a annoncé qu’elle mènera dans les 6 mois une augmentation de capital de 2 à 2,25 milliards d’euros pour renforcer ses fonds propres. Son produit sera destiné à rembourser l’aide de 2,5 milliards d’euros reçue de la part de l’Etat autrichien (1,75 milliard) et d’investisseurs privés (750 millions d’euros) au plus fort de la crise, sous la forme de titres participatifs. Deutsche Bank et UBS devraient mener l’opération. La banque prévoit par ailleurs d’émettre 500 millions d’euros de dette subordonnée tier 1 dans les douze mois.

Le groupe opère un virage à 180 degrés. Il s’était jusqu’à présent refusé à toute levée de fonds, comptant sur sa génération de résultats et sur des cessions d’actifs. Mercredi soir, Raiffeisen a aussi annoncé qu’il renonçait à vendre sa filiale en Hongrie, en perte, devant la faiblesse des offres reçues.

La banque, qui capitalisait 5 milliards d’euros hier en Bourse, se résout donc à une dilution massive de ses actionnaires. Et notamment du premier d’entre eux, Raiffeisen Zentralbank (RZB), le groupement de banques coopératives qui contrôle 78,5% du capital de RBI. «Au cours actuel et avec l’hypothèse d’une décote faciale de 30%, l’opération serait dilutive sur les bénéfices par action estimés en 2014 et 2015 de 23% et 16% respectivement», calculaient hier les analystes de Natixis.

D’où la réaction des investisseurs hier, qui ont fait plonger l’action de 9% en séance. L’effort consenti par RZB contraste avec l’attitude de la Fondation Monte Paschi, qui a fait reporter l’appel au marché de MPS, un autre maillon faible du secteur bancaire européen.

Plusieurs facteurs peuvent expliquer le revirement de Raiffeisen. Sur le plan financier, «les titres participatifs ne seront plus considérés comme du tier 1 après fin 2017, et leur coupon de 8% va augmenter progressivement dès 2014», rappelle CreditSights. En retraitant ces titres, le ratio de solvabilité CET1 du groupe en normes Bâle 3 tombait à seulement 6,4% fin septembre.

La revue de la qualité des actifs bancaires de la BCE et les tests de résistance qui seront menés cette année ont aussi pesé dans la balance. Sous la pression du régulateur autrichien, Raiffeisen pâtit en outre de la comparaison avec son compatriote Erste Bank, qui a levé 660 millions en juillet pour rembourser ses aides d’Etat après avoir longtemps repoussé cette option.

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