Paris et Berlin restent loin de l’union bancaire
Le prudent optimisme affiché par le commissaire au Marché intérieur Michel Barnier en dit long sur le chemin qui reste à parcourir pour parvenir à un accord sur la supervision intégrée des banques dans la zone euro. D’ici à la rencontre des chefs d’Etat de mi-décembre, les experts travailleront en continu pour dénouer les nombreux différends qui persistent. D’ores et déjà, cette supervision centralisée est présentée comme une condition «nécessaire mais pas suffisante» à la recapitalisation directe des banques par le Mécanisme européen de stabilité.
Officiellement, l’horizon d’un accord politique sur la supervision intégrée de banques de la zone euro et des pays qui, comme la Suède ou la Pologne, devraient rejoindre les Dix-Sept, reste la fin de l’année. Mais en pratique, l’ambitieux projet esquissé au sommet européen de juin n’arrivera pas à maturité avant fin 2013. Plus les travaux avancent, plus les négociateurs de cette réforme qui requiert l’aval unanime des chefs d’Etat et de gouvernement des Vingt-Sept s’éloignent de la proposition initiale de la Commission européenne.
Deux visions s’opposent. Paris, avec la Commission, tient absolument à poser le principe d’une «responsabilité légale unique de la BCE» sur les 6.000 banques, comme l’a rappelé mardi Michel Barnier. «Cela étant clair, nous sommes prêts à trouver des marges très larges pour que les superviseurs nationaux aient beaucoup de travail», a ajouté le commissaire européen. Mais, une fois n’est pas coutume, Berlin juge cette approche «trop légaliste».
La priorité du ministre des Finances Wolfgang Schäuble est d’aligner le niveau de responsabilité de la supervision sur celui de la responsabilité fiscale. Une inquiétude également exprimée par les Suédois et les Polonais. En d’autres termes, la supervision directe et exclusive par la BCE, qui ouvre la voie d’une possible recapitalisation par le MES, doit être limitée à une partie des banques seulement. Pour les autres, la responsabilité fiscale restant nationale, celle de la BCE doit être ajustée en conséquence.
Or l’articulation entre supervision et résolution a volontairement été laissée de côté dans la proposition présentée cet automne par la Commission, ce qui laisse ouvert un espace infini de discussions politiques.
Berlin juge par ailleurs que le MES n’est pas prêt pour porter effectivement des titres bancaires. «La mise en place de ce mécanisme (de supervision intégrée) est une condition nécessaire mais pas suffisante pour la recapitalisation» directe par le MES, a confirmé mardi Michel Barnier.
Des progrès ont néanmoins été réalisés s’agissant de la participation des pays non membres de la zone euro, comme la Suède et la Pologne, aux décisions de supervision. Ils ont gagné le droit de siéger de plein droit au conseil de supervision mais cherchent encore à s’aménager un éventuel droit d’appel au cas où le conseil des gouverneurs de la BCE, organe de décision ultime, devait rejeter un choix du conseil de supervision. Enfin, les demandes de veto britannique sur les standards techniques édictés par l’Autorité bancaire européenne, sous prétexte du pouvoir excessif qu’y détiendrait la BCE, sont unanimement rejetées… sans que personne n’ait encore pu proposer d’alternative acceptable.
Les différents groupes de travail constitués sur ces sujets ne devraient pas chômer d’ici au Conseil Ecofin du 4 décembre. Lequel est censé jeter les bases d’une négociation ramenée à quelques points de principes essentiels pour les chefs d’Etat réunis dix jours plus tard à Bruxelles.
Plus d'articles du même thème
-
Jerome Powell a su rester droit dans les tempêtes
Son mandat de président de la Fed se termine ce vendredi 15 mai. Il aura fait l’objet de critiques sur son biais plus «accommodant» en 2021. Des critiques cependant plus faciles a posteriori au vu de la complexité des chocs exceptionnels auxquels il a été confronté depuis 2020. Et que le banquier central a réussi à piloter en évitant les récessions. -
L’IA américaine se militarise
Le Pentagone a signé des accords avec huit géants de la tech pour utiliser leurs modèles d'intelligence artificielle à des fins militaires. La mise au service de l'IA pour la guerre n’est plus un tabou pour les firmes de la Silicon Valley. -
Alphabet et Amazon se financent aux alpine bonds
Après Alphabet, Amazon vient de boucler sa première émission en franc suisse. C'est un marché très domestique, en croissance, offrant une bonne liquidité, une diversification et de faibles coûts de financement.
ETF à la Une
Franklin Templeton dévoile quatre ETF sectoriels américains
- BPCE, Crédit Agricole SA et le Crédit Mutuel comptent 161 banquiers millionnaires
- Atos joue gros avec un refinancement à 1,25 milliard d’euros
- BofA clame sa prudence sur Renault et Stellantis
- Eric Larchevêque fait machine arrière sur son projet de «bitcoin treasury company»
- Wero pousse les feux sur son application
Contenu de nos partenaires
-
Guerre en Ukraine : au moins 24 morts à Kiev après une attaque russe massive
Kiev - Le bilan des bombardements russes massifs qui ont frappé Kiev dans la nuit de mercredi à jeudi s’est alourdi à 24 morts dont trois enfants, ont annoncé tôt vendredi les services de secours, alors que se poursuivent les opérations de déblaiement d’un immeuble effondré. -
A Pékin, une ultime journée de discussions entre Trump et Xi
Pékin - Donald Trump et son homologue Xi Jinping mènent vendredi à Pékin une ultime journée de discussions pour assurer la détente recherchée lors d’un sommet où le président américain a dit avoir décroché une offre d’aide pour rouvrir le détroit d’Ormuz et la promesse d’une importante commande de Boeing. Après un déjeuner de travail avec M. Xi, M. Trump reprend l’avion en début d’après-midi au terme de deux jours de visite placés, malgré le faste et les amabilités, sous le signe des tensions globales et bilatérales. M. Trump repartira avec des paroles encourageantes de M. Xi sur la crise dans laquelle il est empêtré au Moyen-Orient, a-t-il dit selon un extrait d’un entretien accordé à la chaîne Fox News. M. Xi lui a déclaré «avec force» qu’il ne fournirait pas de matériel militaire à l’Iran, a-t-il indiqué. Quant au détroit d’Ormuz, «il a dit: +Si je peux être d’une quelconque aide, je serai ravi d’aider», a ajouté M. Trump. Le dirigeant chinois lui a aussi promis l’achat de 200 «gros» Boeing, a-t-il dit. C’est considérable, mais moindre que la commande de 500 avions monocouloirs 737 MAX et d’une centaine de gros porteurs (787 Dreamliner et 777) évoquée par la presse depuis des mois. La Chine est un partenaire stratégique et économique primordial pour l’Iran qui lui destine la grande majorité de ses exportations de pétrole. Elle est directement touchée par la quasi-fermeture, sous l’effet des blocus iranien et américain, du détroit d’Ormuz par lequel transite une grande part de ses acquisitions d’hydrocarbures, d’Iran mais aussi d’autres pays du Golfe. L’Iran a annoncé jeudi, en plein sommet pékinois, que ses forces avaient autorisé le passage de plusieurs navires chinois. Washington voudrait voir Pékin user de son influence sur Téhéran pour contribuer à une sortie de crise dans le Golfe. Tout en s’employant diplomatiquement, Pékin a observé jusqu'à présent une grande retenue. «Nation en déclin» C’est l’un des sujets de crispation que le sommet est destiné à atténuer, sinon à dissiper. Ils abondent: Iran donc, Taïwan, relations commerciales, restrictions d’accès aux terres rares et aux semi-conducteurs, intelligence artificielle et propriété intellectuelle... Ils se sont manifestés ouvertement jeudi avec une mise en garde vigoureuse du président chinois quant au risque de «conflit» entre Chine et Etats-Unis au sujet de Taïwan. Les propos de M. Xi ont dominé le premier jour de la visite. La compétition - stratégique, commerciale, technologique - est extensive et la Chine semble miser sur un déclin des Etats-Unis, subtilement évoqué par Xi Jinping lui-même lorsqu’il a cité l’historien de l’Antiquité grecque Thucydide, théoricien du risque de guerre lorsqu’une puissance émergente entre en rivalité avec une puissance dominante. M. Trump a répondu jeudi soir dans un message sur sa plateforme Truth Social. «Le président Xi a fait très élégamment référence aux Etats-Unis comme étant peut-être une nation en déclin», a-t-il dit. Mais selon lui, l’homme fort de Pékin avait à l’esprit les Etats-Unis de son prédécesseur Joe Biden, pas l’Amérique actuelle. «Il y a deux ans, nous étions effectivement une nation en déclin. Aujourd’hui, les Etats-Unis sont le pays le plus génial de la planète», a-t-il dit. «Stabilité constructive» Depuis le retour de M. Trump à la Maison Blanche, Chine et Etats-Unis se sont livré une âpre guerre commerciale aux répercussions planétaires, à coups de droits de douane exorbitants et de restrictions multiples. MM. Trump et Xi ont conclu une trêve en octobre et, depuis, la Cour suprême américaine a mis à bas les droits de douane généralisés de l’administration Trump. Mais le cessez-le-feu commercial reste exposé à l’instauration de nouvelles surtaxes américaines envisagées par le républicain. Actuellement, l'économie mondiale et la Chine ressentent les effets de la guerre menée par M. Trump avec Israël contre l’Iran. M. Xi a réaffirmé jeudi le vœu chinois de certitude et de prévisibilité dans un monde en proie aux turbulences. Lui et M. Trump se sont entendus pour désigner désormais les rapports sino-américains comme une «relation de stabilité stratégique constructive», selon la diplomatie chinoise. Le président chinois a promis d’ouvrir «toujours plus grand» la Chine aux entreprises étrangères. Avec l’excédent commercial chinois, les pratiques déloyales ou les violations de propriété intellectuelle imputées à la Chine, les obstacles à l’accès au marché chinois sont l’un des grands griefs des Etats-Unis, comme d’autres pays développés, à l’encontre de Pékin. M. Trump a emmené avec lui une importante délégation de grands patrons. La Maison Blanche espère repartir avec un certain nombre d’accords, par exemple dans le domaine de l’agriculture, ou de promesses d’investissements chinois aux Etats-Unis. Selon le ministre américain des Finances, Scott Bessent, présent à Pékin, les deux pays ont discuté de la mise en place de garde-fous contre les risques de cyberattaques favorisées par l’intelligence artificielle. Danny KEMP et Laurent LOZANO © Agence France-Presse -
Royaume-Uni : potentiel concurrent de Keir Starmer, le ministre de la Santé démissionne
Wes Streeting, qui pourrait devenir un concurrent de Keir Starmer à la direction du Labour pour pouvoir ravir Downing Street, a annoncé sa démission du gouvernement, jeudi 14 mai