L’outre-mer apparaît moins stratégique pour les banques françaises
Rester ou ne pas rester en outre-mer ? Telle est la question. Mi-juillet, la Société Générale est entrée en négociations exclusives avec le groupe Promontoria MMB, filiale française du fonds d’investissement américain Cerberus Capital, afin de lui céder Société Générale de Banque aux Antilles (SGBA), son activité de banque de détail aux Antilles.
Promontoria MMB est «présent dans le financement de l'économie réelle dans les territoires d’outre-mer par l’intermédiaire de ses filiales locales en Guyane française, Martinique, Guadeloupe (Somafi-Soguafi), La Réunion (Sorefi) et la Nouvelle-Calédonie (Socalfi)», précise le communiqué de presse. Propriétaire de la banque My Money Bank, le groupe est implanté dans les Antilles sous la marque My Partner Bank.
Avec ses 5 agences et ses 130 collaborateurs au service de 17.000 clients, la SGBA était la plus petite banque françaises aux Antilles, disposant de moins de 5% de parts du marché. Désormais, la Société Générale préfère se concentrer sur des marchés de taille critique. Elle entend notamment se séparer, d’ici 2020, de 5% de ses actifs pondérés, soit 17,5 milliards d’euros. Contactée par L’Agefi, la banque n’a pas souhaité communiquer sur l’impact de cette cession sur ses comptes, une semaine avant la publication de ses résultats du premier semestre. En revanche, la Société Générale a annoncé quelques jours plus tard le rachat à My Money Bank de ses activités en Nouvelle-Calédonie.
Climat social tendu et coût du risque
Qu’aucun grand réseau établi n’ait souhaité racheter la SGBA, laissant le champ libre à un fonds d’investissement, en dit long sur les difficultés du secteur. Quelque 32 établissements bancaires français disposent d’une implantation locale en outre-mer. Depuis les années 80, un climat de tension fragilise le secteur bancaire, à l’image des nombreuses grèves ayant secoué le Crédit Moderne en Guyane, filiale de BNP Paribas. Par ailleurs, le taux de chômage en outre-mer étant en moyenne deux fois plus élévé qu’en métropole, les banques françaises font face à un coût du risque plus élevé. Contacté par L’Agefi, un analyste financier admet n’avoir jamais été interrogé par une société dans le but d’acquérir une banque sur place.
Dans leurs résultats financiers, les banques ne précisent pas les revenus procurés par les DOM-TOM, qui figurent dans les revenus internationaux. La cession de la SGBA, dont la Société Générale voulait se séparer depuis un moment, illustre la difficulté des groupes bancaires à rentabiliser leurs filiales sur place. «Quand une banque s’en va, elle préfère rester discrète», confie une source du secteur bancaire. Pour une banque, céder une filiale reste compliqué entre la pression des autorités publiques et le caractère fermé du marché.
La Bred en pointe
Pourtant, «fin 2018, l’encours des crédits consentis par les banques françaises dans l’outre-mer s’élève à près de 64,2 milliards d’euros, en hausse de 4,5% sur l’année», note Elisabeth Fonteny, responsable adjoint de la division observatoire économique et monétaire aux Instituts d'émission d’outre-mer. Le secteur bancaire se porterait bien, «les banques françaises ont donc plutôt intérêt à rester sur place», estime l’économiste.
Si les banques communiquent peu sur leurs activités en outre-mer, d’autres tirent profit de cette implantation et veulent le faire savoir. Présente depuis 1985, la Bred veut y être la banque française de référence. Avec ses 850 collaborateurs et ses 80 agences, le groupe désire rester «durablement» dans ces territoires. «On investit beaucoup sur le plan humain, technologique et dans le réseau», confie à L’Agefi Eric Montagne, directeur général adjoint, en charge du pôle commercial de la Bred, qui rapporte que 40% du PNB de la banque commerciale sont réalisés en outre-mer depuis plusieurs années. Par rapport aux autres établissements bancaires, leur différence se fait grâce à un régime de succursales et à une proximité managériale : «un client de Fort-de-France doit pouvoir prétendre à la même qualité de service qu’à Paris», précise le DGA.
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