L’eurodéputé Gunnar Hökmark détricote la réforme structurelle des banques
La réforme structurelle des banques telle que l’avait imaginée l’ancien commissaire aux services financiers Michel Barnier a certes peu de chances d’aboutir. Mais il n’est pas impossible que le texte qu’il avait présenté à quelques mois de la fin de son mandat ne voie finalement le jour, profondément modifié. Le clou de la proposition initiale était d’imposer une séparation «automatique» des activités de marché du reste des activités des grands établissements européens disposant d’un très important portefeuille d’actifs.
Le texte avait été fortement critiqué faute de faire la différence, au nom du risque systémique, entre tenue de marché et trading pour compte propre.
Dans le rapport qui sera discuté le 21 janvier en commission des affaires économiques et monétaires au Parlement européen, le député Gunnar Hökmark propose une approche radicalement différente. Il insiste sur l’utilité des grands banques universelles, jugeant qu’elles jouent un rôle essentiel dans la transformation bancaire (du capital en liquidité) et sont indispensables à l’économie réelle, alors que l’Europe est en train d’évoluer vers un modèle de financement des entreprises plus basé sur le marché que sur le crédit bancaire pur. A ses yeux, «rien ne dit que le trading soit plus risqué que le prêt» bancaire, écrit le chrétien-démocrate suédois, prenant à contrepied le biais du texte initial en faveur d’une plus grande spécialisation bancaire.
Le rapporteur n’exclut pas la possibilité d’une séparation des activités de marché, mais il supprime toute automaticité. L’opportunité d’une telle restructuration devrait être fondée à ses yeux sur une évaluation des risques et non principalement sur le volume des activités de marché. Ensuite, l’autorité de supervision européenne ne serait pas contrainte de forcer la filialisation mais pourrait pallier les risques systémiques identifiés par une supervision plus poussée et des exigences en capitaux plus élevées.
L’ONG Finance Watch a estimé jeudi que le rapport aboutissait à «se reposer excessivement sur les modèles de risque interne des banques». Mais aux yeux du rapporteur, l’essentiel est d’éviter le recours aux deniers publics en cas de résolution bancaire, lequel n’est pas simplement induit par la taille des établissements. Il se contente de proposer de traiter le risque systémique résultant d’une «composition asymétrique entre les activités de marché et de détail, créant des risques pour les déposants… pas à cause du trading en soi».
Reste à voir si cette proposition permettra d’engager des discussions avec le conseil Ecofin où la négociation est bloquée depuis des mois à cause de l’opposition des défenseurs de la banque universelle.
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