Les stress tests divisent les marchés
Les marchés priaient l’Union européenne, depuis des mois, de prendre le chemin des Etats-Unis et de s’astreindre à éprouver ses banques. Le Comité européen des superviseurs bancaires (CEBS) a diffusé hier son scénario de tests ainsi que la liste des 91 banques concernées. Mais les détails fournis restent limités et déjà, les questions fusent sur le flou autour des hypothèses de risques retenues et l’après stress tests. La manière dont les banques fragilisées pourraient être recapitalisées n’a pas été abordée.
Très sensibles à la question de la solidité du système bancaire, les marchés ont tout de même bien accueilli le texte du CEBS qui annonce une publication des tests le 23 juillet prochain. Les indices européens étaient au vert hier. L’indice Euro Stoxx des banques a pris 2,16% hier. Sur trois jours, il affiche une hausse de 12,7%. La publication banque par banque ainsi que la présence dans la liste de nombreux établissements régionaux allemands et espagnols ont rassuré les marchés.
Cependant pour ne pas les décevoir, le CEBS va devoir préciser ses intentions. Sur les questions des scénarios retenus, il annonce en effet uniquement une hypothèse de croissance inférieure de trois points aux prévisions de Bruxelles en 2010 (1%) et en 2011 (1,7 %) et la prise en compte du risque souverain à des conditions de marché similaires à celles de début mai 2010. Aucun élément n’est fourni concernant la taille des dépréciations à comptabiliser sur les dettes souveraines, élément pourtant considéré comme clé. «Le manque d’informations disponibles sur ce point suggère que des gouvernements nationaux négocient toujours pour atteindre un accord sur les détails spécifiques de l’exercice. Ce n’est pas un bon signe», s’inquiète Ken Wattret, chef économiste Europe chez BNP Paribas.
«Pour que les stress tests aient un impact rassurant sur le marché, il faudrait que le régulateur l’accompagne de mesures de recapitalisation pour les banques les plus faibles», expliquent quant à eux les analystes de Tullett Prebon. Une critique partagée par les équipes de la recherche de Credit Suisse. «Le point le plus important réside dans le fait que, bien que ce soit le système bancaire qui soit évalué, le véritable test est celui du secteur public», défendent-ils. En effet, une fois les stress tests effectués, que faire pour les banques fragilisées ? Alors qu’aux Etats-Unis ce point avait été précisé, en Europe, la période d’après stress tests n’est pas traitée.
Credit Suisse apporte de son côté un éclairage chiffré, estimant que les capacités de sauvetage de l’Union européenne face à ses banques seraient de 900 milliards d’euros, dont 130 milliards d’euros dès le 23 juillet. Selon les analystes, 72 milliards d’euros proviendraient des fonds déjà créés et levés pour un sauvetage bancaire, comme le SoFFin allemand et le Frob espagnol. Ensuite viendraient s’ajouter 58 milliards d’euros provenant des fonds de garanties des dépôts et de prélèvements fiscaux. Le Fonds de stabilité financière européen (EFSF) et le FMI pourraient débloquer respectivement 60 et 20 milliards d’euros afin d’aider un Etat qui viendrait au secours de ses banques. Soit un total de 210 milliards. Credit Suisse rappelle enfin que l’EFSF et le FMI pourraient accroître en théorie leur capacité d’intervention de 690 milliards supplémentaires.
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