Les réassureurs minimisent l’impact de l’afflux des capitaux alternatifs sur le marché
A l’image du déluge qui a balayé Monte-Carlo pour l’ouverture des «Rendez-vous de Septembre», l’horizon s’assombrit pour les réassureurs. Hier, Munich Re s’est montré peu optimiste sur les perspectives de l’industrie. Selon le groupe allemand, les primes en réassurance dommages ne progresseront que de 2% entre 2012 et 2015, tablant même sur une croissance zéro en Europe sur la période alors que le Vieux continent représente 36 % de primes cédées en 2012 sur un total de 205 milliards d’euros. Il faut dire que le secteur souffre d’une abondance de capacités. L’an dernier, les fonds propres des réassureurs ont ainsi atteint un nouveau pic à plus de 500 milliards de dollars.
Surtout, les acteurs traditionnels font face à la concurrence accrue de solutions alternatives (titrisations, obligations catastrophes,…) abondées par des investisseurs institutionnels en quête de rendement dans un contexte de taux d’intérêt bas. Lors des dix-huit derniers mois, 10 milliards de dollars ont ainsi alimenté la titrisation assurantielle, portant à 44 milliards de dollars le total des capitaux alternatifs sur le marché. Autant de nouvelles capacités dédiées exclusivement à la couverture des risques catastrophes naturelles qui «représentent 17 % des capacités mondiales à fin 2012, a observé Torsten Jeworrek, administrateur chez Munich Re. Elles représenteront 75 milliards de dollars en 2016, soit 25 % des capacités. C’est une préoccupation et nous regardons cette situation très sérieusement, en particulier quand ce nouveau capital impacte le niveau actuel des prix.»
Pourtant, les réassureurs ont voulu dédramatiser le phénomène. «Ce n’est pas une menace même si ces capitaux alternatifs mettent la pression sur les prix», a affirmé Victor Peignet, directeur général de Scor Global P&C, la branche dommages du réassureur français, qui table sur une stabilité des prix pour les renouvellements au 1er janvier 2014. Même son de cloche chez Munich Re qui a indiqué que le segment des catastrophes naturelles exposé à ces capitaux alternatifs pèse 1,5 milliard d’euros de primes, soit moins de 10 % de son portefeuille en réassurance dommages. «L’impact général est tout à fait gérable et il ne faudrait pas l’exagérer», a estimé Torsten Jeworek. «L’attrait pour ce capital alternatif va diminuer quand les taux d’intérêts remonteront», a même prédit Denis Kessler, PDG de Scor, qui n’a pas hésité à parler de «bulle» pour qualifier la croissance de la titrisation assurantielle.
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