Les investisseurs écartent le risque d’escalade des sanctions avec Moscou
Vladimir Poutine a réussi à ne pas affoler les marchés. Malgré le ton très offensif du président russe à l’égard des Occidentaux et la signature du traité d’annexion de la Crimée, les investisseurs ont retenu de son discours qu’il n’entendait pas aller plus loin dans le dépeçage de l’Ukraine. L’indice Micex de la Bourse de Moscou a rebondi de plus de 4% et le rendement des obligations russes en rouble et en dollar s’est détendu.
«L’inconsistance des sanctions décidées à ce stade par les dirigeants européens et américains envers la Russie a suffi à écarter pour l’instant le risque d’escalade», estimaient les économistes de CM-CIC Securities avant le discours de Vladimir Poutine. A l’approche du Conseil européen de cette fin de semaine et d’une réunion du G7 sur l’Ukraine les 24 et 25 mars, les grandes capitales ont certes durci le ton à l’égard de Moscou, mais sans rendre crédible la menace de sanctions supplémentaires.
«Nous ne nous attendons pas à de nouvelles sanctions de la part de l’Union européenne et des Etats-Unis, en raison des nombreux liens commerciaux et financiers avec la Russie, ni à d’autres tentatives d’envahir l’Ukraine», indique Sylwia Hubar, économiste chez Natixis. Outre la question énergétique, les liens financiers se traduisent par 196 milliards de dollars de créances des banques européennes et américaines sur des contreparties russes à fin septembre 2013, une exposition sensible à la baisse du rouble. Les Russes, eux, ont déposé 166 milliards de dollars dans des banques à l’étranger, rappelle Natixis, par exemple à Chypre ou en Lituanie.
A ce stade, les investisseurs sont d’ailleurs restés relativement sereins vis-à-vis des banques exposées à la Russie, comme la Société Générale (+1,59% hier). Le pays apporte au groupe environ 6% de ses résultats, en comptant la banque de financement et d’investissement et Rosbank, neuvième prêteur local. Les analystes actions de RBC estiment qu’une baisse de 20% du rouble ampute de 1% le résultat net du groupe, et qu’une hausse de 100 points de base du coût du risque le diminue de 3%. Ils ont également chiffré le coût d’un scénario extrême, celui d’une nationalisation de Rosbank: son actionnaire perdrait les 3,4 milliards d’euros de fonds propres investis et jusqu’à 4,4 milliards de financements intragroupes, pour un effet négatif de 90 pb sur le ratio de solvabilité. Une hypothèse à laquelle RBC ne croit pas.
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