Les catastrophes climatiques continuent de pleuvoir sur les assureurs
L’addition ne cesse de gonfler pour les assureurs. Dimanche 23 octobre, de violents orages et de forts vents, ainsi que des événements qualifiés sur le coup de « mini-tornades » à Bihucourt, dans le Pas-de-Calais, et Conty, dans la Somme, ont particulièrement frappé la Normandie et les Hauts-de-France, après que la tempête Béatrice a atteint l’Hexagone par sa façade Ouest. Ces événements climatiques ont notamment occasionné des arrachements de toiture, mais aussi des dégâts sur les voitures et renversé de nombreux semi-remorques.
La conjonction de phénomène tempétueux et de dégâts provoqués par des événements climatiques assimilés à des tornades, et dont le coût moyen est plus élevé, devrait coûter cher aux assureurs. Selon une première estimation du spécialiste en modélisation climatique RiskWeatherTech – qui travaille notamment avec Axa, Covéa, la Caisse centrale de réassurance (CCR) ou encore Abeille Assurances –, et de Weather Claim Control, spécialiste de l’application contractuelle des garanties climatiques, les orages et tornades du 23 octobre devraient entraîner plus de 3.900 dossiers IARD, hors auto, pour un montant provisoire de 65 millions d’euros.
100 millions d’euros, un sinistre d’importance moyenne
Les assureurs commencent aussi à chiffrer les dégâts. «Il est un peu tôt pour avoir une estimation de ces évènements mais leur concentration sur une zone réduite va induire un sinistre d’importance moyenne, autour de 100 millions d’euros peut-être pour le marché, mais pour les bâtiments touchés, les coûts seront très élevés», juge Patrick Degiovanni, directeur général adjoint de Pacifica, filiale d’assurance dommages de Crédit Agricole. Alors que Generali France évoque une cinquantaine de déclarations de sinistres reçus, «dont des impacts sur des toitures et cheminées pour les zones et communes qui ont été les plus touchées dans le Nord», Axa France fait écho, trois jours après les tornades, de 400 sinistres dont 80% en assurance habitation et 20% en assurance auto.
Plusieurs compagnies ont aussi mis en place des mesures exceptionnelles. Covéa a par exemple porté le délai de déclaration des sinistres à 30 jours calendaires contre 5 habituellement ou annoncé la prise en charge des frais de relogement jusqu'à 12 mois. Outre la mise en place de sa ligne d’aide psychologique, Axa France a, de son côté, décidé de prolonger les délais de relogement de 7 à 14 jours, d’étendre les délais de déclaration de 5 à 10 jours et de donner la possibilité de verser immédiatement une avance sur indemnité, avec ou sans expertise, plafonnée à 2.000 euros.
La plus forte tornade en 10 ans
La culpabilité du réchauffement climatique ne fait aucun doute. «S’il n’est pas rare que des tornades touchent ces régions, de tels événements avec cette intensité restent peu fréquents pour la saison. C’est clairement un effet du changement climatique», explique Gilles André, directeur général de RiskWeatherTech. Précisément, selon les définitions scientifiques, au moins une tornade, de 20 kilomètres de long sur 200 mètres de large, a bien frappé les communes de Bihucourt et celle de Hendecourt-lès-Cagnicourt, rapporte l’observatoire français des tornades et orages violents. «L’analyse des dégâts permet de conclure à une intensité maximale de classe EF3, soit des vents estimés entre 220 et 270 km/h, ce qui fait de cette tornade la plus forte à avoir frappé la France depuis la tornade EF3 d’Etrochey du 19 juin 2013», affirme-t-il.
Ces définitions peuvent avoir des conséquences assurantielles. «Il est possible que les sinistres causés par ces tornades ne rentrent pas dans le régime des catastrophes naturelles dans la mesure où il faudrait prouver le caractère anormal de la vitesse des vents. Or, les tornades étant des phénomènes hyper localisés, elles passent rarement sur des stations météo, ce qui ne permet pas de relever la vitesse réelle des vents», prévient Gilles André, «Cependant les sinistres restent couverts par la garantie «tempête»».
Pression sur les tarifs de réassurance
Ces nouveaux sinistres ont frappé en pleines négociations des renouvellements des traités de réassurance à Baden-Baden, qui sont promis à une forte hausse de tarifs. Outre la guerre en Ukraine et l’inflation, les assureurs sont confrontés à des catastrophes naturelles très coûteuses en Europe, et particulièrement en France. Selon France Assureurs, les intempéries qui ont balayé l’Hexagone de janvier à août ont engendré 5,2 milliards d’euros de dégâts alors que les dégâts aux bâtiments provoqués par la sécheresse de 2022 pourrait coûter jusqu’à 2,4 milliards d’euros.
«Les pertes dues aux périls secondaires augmentent avec la hausse des températures. Nous calibrons donc continuellement nos modèles sur la base de courtes fenêtres d’observation. Alors que les effets du changement climatique se manifestent assez sévèrement, le secteur est simultanément frappé par l’inflation, ce qui signifie que les sommes assurées augmentent. Par conséquent, les primes d’assurance et de réassurance, ainsi que les rétentions, pour couvrir les risques météorologiques extrêmes devront augmenter», explique Beat Kramer Mölbert, responsable de la souscription des assurances de biens en Europe, Moyen-Orient et Afrique pour Swiss Re. «Les réassureurs annonçaient déjà des révisions importantes de leurs couvertures en 2023 avec un relèvement des seuils de leur intervention en cas d’événement et des majorations de prix. Cet événement précis sera peu réassuré et donc influence peu les comptes des réassureurs», tempère Patrick Degiovanni.
L’année 2022 s’affirme comme historiquement sinistrée. «Les bonnes conditions sont réunies pour les phénomènes de cévenols, avec la température de la Méditerranée élevée, alors que de possibles orages importants et des phénomènes de grêle ne sont pas à exclure non plus partout en France», rappelle Gilles André.
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