Les banques taclées pour leur provisionnement du risque grec
Dans la guerre des nerfs qui oppose les marchés et les banques européennes sur leur exposition à la dette souveraine, les premiers comptent un nouvel allié: l’IASB.
Dans une lettre datée du 4 août dernier, Hans Hoogervorst, le président du normalisateur comptable y fustige l’attitude de certains établissements dans leur traitement des titres souverains disponibles à la vente (ou AFS, pour available for sale). Il leur reproche de n’appliquer à la dette d’Etat grecque que la décote de 21% fixée dans le plan d’échange. «Certains appliquent l’effet de la restructuration sur la valeur actualisée des flux de trésorerie futurs des titres, au lieu de refléter son prix de marché actuel», écrit Hans Hoogervorst. L’IASB réfute donc l’argument de l’inexistence du marché. «Il est difficile d’imaginer que des acheteurs acceptent d’acquérir ces obligations au prix suggéré», conclut le président.
Les principales banques exposées à la Grèce ont en effet adopté des modalités différentes. Les françaises ont adopté un traitement a minima en appliquant la décote de 21% visible dans le compte de résultat aux seuls titres éligibles au plan d'échange de dette. Pour les autres titres, «il n’y a pas d’évidence objective que le recouvrement [de leur] flux de trésorerie futurs soit compromis […]», indiquait BNP Paribas dans son document de référence du 5 août. Commerzbank, au contraire, a déprécié de 21% tout son portefeuille, y compris les maturités supérieures à 2020, tandis que RBS l’a passé en valeur de marché.
Mise en cause par le FT, BNP Paribas a justifié son choix hier: «BNP Paribas a provisionné son exposition sur la Grèce en plein accord avec ses auditeurs et les autorités compétentes, conformément au plan arrêté par l’Union européenne du 21 juillet».
«J’aurais préféré que ce soient les régulateurs nationaux, et non l’IASB, qui se prononcent, mais ils n’ont pas fait de recommandations avant la clôture des comptes, regrette en outre un auditeur des Big Four. Les commissaires aux comptes ont donc dû prendre leurs responsabilités et émettre seuls une opinion sur les provisions liées aux dettes souveraines.»
Il n’en reste pas moins que les investisseurs sont sceptiques sur l’ensemble des titres grecs. «Il ne fait aucun doute que le plan pour la Grèce est totalement insuffisant et que les banques devront repasser à la caisse», avertit dans une note François Duhen, chez CM CIC Securities.
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