Les banques privées suisses normalisent leur gouvernance
Annoncé l’an dernier, le changement de statut des principales banques privées genevoises a pris corps le 1er janvier 2014. Pictet, Lombard Odier et Mirabaud ont ouvert leurs conseils à des administrateurs externes. Une petite révolution pour ces établissements contrôlés, depuis des générations, par une poignée de familles qui verrouillent leur capital.
L’abandon du statut de société en commandite simple, impliquant une responsabilité illimitée des associés sur leurs biens propres, les a conduits à opter pour une structure duale: une société faîtière en commandite par actions chapeautant leur banque genevoise (transformée en SA) et leurs autres entités opérationnelles.
Les trois groupes répondent aux exigences de la Finma, le régulateur suisse, qui requiert au moins un tiers d’administrateurs «non intéressés» dans les conseils. Dans chaque banque, les deux ou trois associés de la SA sont désormais épaulés par deux ou trois personnalités suisses, souvent genevoises. Lombard Odier et Mirabaud ont opté pour des avocats et/ou des professeurs de droit. Le premier a aussi nommé le vice-président du conseil du laboratoire Novartis et le président de SIX Group, la Bourse suisse. Le second a recruté un administrateur de Pioneer Investments.
Pictet n’a pas communiqué officiellement mais s’est entouré d’un magistrat suppléant à la Cour des comptes de Genève et d’un ancien de la Finma devenu consultant, a révélé le quotidien helvétique Le Temps. La banque n’a pas non plus ouvert sa structure faîtière à des administrateurs indépendants, contrairement à ses deux holomogues.
Ces changements de gouvernance ne visent pas seulement à aligner les banques privées sur leurs concurrentes cotées (UBS, Credit Suisse, EFG), filiales de groupes étrangers (HSBC Suisse) ou déjà structurées en SA (UBP). Ils doivent aussi leur permettre de faire face à la remise en cause du secret bancaire suisse.
Pictet est dans le viseur de la justice américaine, tandis que Lombard Odier fait partie de la trentaine de banques qui affirment avoir potentiellement participé à l'évasion fiscale de clients américains… sans l’avoir encouragée. La banque se réserve encore le droit de rejoindre celles qui disent ne pas avoir violé le droit américain. Mirabaud hésite entre ce statut et celui de banque purement locale, exemptée de soupçon. En attendant le résultat des enquêtes, les trois groupes publieront leurs comptes en 2014, une première.
Plus d'articles du même thème
-
Kevin Warsh propose une Fed «moins communicante»
Les acteurs du secteur financier peuvent y voir une évolution potentiellement positive si cela permet de réagir plus vite et mieux aux données. On peut cependant encore douter que le banquier central nommé par le président Donald Trump soit celui qui cherche ainsi à dépolitiser la Fed. -
Le M&A s'alimente de nouveau au gros gibier
En dépit de moindres volumes, la valeur des opérations de fusions & acquisitions a rebondi durant ce premier semestre 2026, un début d'année marqué par des transactions de grande envergure. L'intérêt des investisseurs se concentre notamment sur les secteurs des télécommunications, de l'énergie, des infrastructures et de l'intelligence artificielle, relèvent les banques d'investissement. -
CRH change de braquet aux Etats-Unis
L’acquisition d’Arcosa en numéraire pour 8,5 milliards de dollars, dette incluse, renforcera la position du groupe irlandais de matériaux de construction dans les infrastructures et l’énergie.
ETF à la Une
AllianzGI va lancer cinq ETF actifs en Europe dès l'été
- «Les anticipations de résultats sur le S&P 500 laissent entrevoir un potentiel de surprises positives»
- Accenture ravive les craintes sur l’IA et enfonce Capgemini dans le rouge
- L’environnement de marché est moins favorable à l’or
- Maisons du Monde s’apprête à passer sous le contrôle de deux fonds britanniques
- Nickel lance un compte pour les pros
Contenu de nos partenaires
-
AdaptationClimatisation : la grande bascule des politiques
Face aux canicules à répétition, le débat sur le dérèglement climatique n’existe plus. Il se déplace sur l’adaptation. En se cristallisant sur la seule question de la clim, devenue très politique -
Commerce internationalLe commerce maritime international en mode agile
De la mer Rouge au détroit d'Ormuz, les crises géopolitiques rebattent les cartes du transport maritime. Armateurs, assureurs et transitaires s'organisent désormais pour naviguer dans un monde où l'incertitude est devenue la norme. A l'occasion du Rendez-vous ParisMAT qui se tient aujourd'hui et demain à Paris, petit tour d'horizon de ce nouveau quotidien -
EXCLUSIFDominique de Villepin : « Il faudra revenir à une taxe carbone »
Retour de l’ISF, taxe carbone, fonds souverain de 100 milliards… L’ancien Premier ministre de Jacques Chirac dévoile en exclusivité les grandes lignes de son programme économique pour l’élection présidentielle de 2027