Les banques grecques portées au point de rupture
La BCE a cessé de fournir des liquidités à certaines banques en raison de leur sous-capitalisation, confiant leur financement à l’Assistance d’urgence ouverte à la banque nationale grecque, le temps qu’elles se recapitalisent. Alors qu’elles subissent depuis des années une baisse de leurs dépôts, les retraits d’argent se seraient amplifiés ces derniers jours en raison des tensions politiques. Le pays a officialisé l’organisation de nouvelles élections législatives le 17 juin prochain. Et la pression ne cesse de se renforcer; Fitch a abaissé la note souveraine de «B-» à «CCC», évoquant le risque grandissant de voir le pays sortir de la zone euro.
La BCE n’a pas précisé le nom des banques placées sous assistance. «Une fois le processus de recapitalisation finalisé ‑et nous espérons qu’il le sera bientôt‑ les banques auront à nouveau accès aux opérations habituelles de refinancement de l’Eurosystème», a simplement expliqué un officiel de la banque centrale. En mars, le gouvernement grec estimait les besoins de recapitalisation et de démantèlement des établissements en crise à 50 milliards d’euros. Les banques devaient présenter leur plan de levées de fonds propres et les bailleurs de fonds internationaux et la Banque de Grèce un rapport sur la situation du secteur fin mars. Mais les travaux ont pris du retard. Les établissements pourront en tout cas compter sur le Fonds grec de stabilité financière (HFSF), lui-même soutenu par le Fonds européen de stabilité financière (FESF).
La situation devient de plus en plus urgente. Les craintes d’une accélération des retraits de dépôts aux guichets des banques s’amplifient. Le Financial Times, citant des banquiers athéniens anonymes, estimait qu’ils avaient atteint 1,2 milliard d’euros lundi et mardi derniers, tandis qu’une source de Reuters relativisait le mouvement. Le phénomène n’est pas nouveau. Dans son rapport publié en mars, le Fonds monétaire international soulignait que depuis le début de l’année 2009, les banques grecques avaient perdu près de 30% de leur base de dépôt, dont 6,4% depuis la fin de 2011. Pour le Fonds, «les retraits constants sont dus à la désépargne du secteur privé aussi bien qu’à la fuite des capitaux vers des refuges hors de Grèce.» Près d’un quart des retraits seraient ainsi mis à l’abri.
A en croire les statistiques publiées par la banque centrale grecque, les entreprises touchées par la crise ont commencé à retirer leur argent des banques dès 2009 mais le mouvement s’est accéléré depuis. Ainsi, les dépôts des entreprises non financières ont reculé de 3,2% en 2009, de 18,4% en 2010 et de 22,3% en 2011 pour tomber à 22,6 milliards d’euros. Les dépôts des ménages n’ont commencé à baisser qu’en 2010, de 12,3% puis de 16,4% en 2011 pour atteindre 145,4 milliards d’euros. Face à la baisse de leur liquidité, les banques grecques ont d’abord pu compter sur l’Eurosystème avant de se tourner déjà pour certaines vers l’assistance d’urgence.
Selon le second plan de sauvetage décidé en mars, les banques sont censées respecter un ratio de core tier one de 9% en septembre prochain et de 10% d’ici à la fin juin 2013. Une gageure alors que le plan d’effacement de la dette de mars a entraîné pour les banques des pertes allant jusqu’à 70% de leur portefeuille de titres souverains (43 milliards d’euros). Après le plan, les quatre principales banques, la Banque Nationale de Grèce, EFG Eurobank, Alpha Bank et Piraeus Bank ont affiché des pertes cumulées d’environ 28 milliards d’euros.
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