Les banques françaises sont attendues sur leur activité normalisée
Le Covid est loin d’être éradiqué, avec la résurgence du variant Delta, mais ce n’est plus sur des critères liés à la crise sanitaire que les banques françaises seront jugées lors de la publication des résultats du deuxième trimestre. Les analystes s’attendent à ce que les banques retrouvent une forme de normalité dans leurs prochaines publications.
Surveillé de très près pendant la crise car fortement augmenté, le coût du risque n’est maintenant plus un véritable problème pour les banques à court terme. Elles ont passé des provisions de précaution et présentent des niveaux de capitaux propres élevés. Les niveaux de prêts non performants restent faibles et la reprise économique devrait permettre aux banques d’absorber les potentiels défauts. D’autant que les mesures gouvernementales continuent de soutenir les secteurs les plus en difficultés. La Banque centrale européenne, en autorisant à nouveau les dividendes bancaires sans restriction à partir du mois de septembre, a par ailleurs acté cette normalisation de la situation des banques.
Problèmes structurels
En France, comme cela a été le cas pour les banques américaines, ce sont les activités cœur qui seront scrutées. Car, même si la crise sanitaire est en voie d’amélioration, les problèmes structurels des banques restent entiers. Les taux bas continuent de grever les marges d’intérêts, c’est-à-dire la différence entre les taux auxquels les banques prêtent et ceux auxquels elles se refinancent. Par ailleurs, les risques sur les prêts n’ont pas complètement disparu. Dans les prochains mois, ils restent mesurés. Mais à plus long terme, les banques devront faire face à la fin des aides gouvernementales, ce qui augmentera le taux de défauts. «Compte tenu de l’ampleur de la baisse du PIB en 2020 (-8%) et de la normalisation progressive des conditions économiques seulement d’ici fin 2022, on voit mal comment les banques peuvent éviter une recrudescence des prêts non performants. Des mesures de soutien massives ont retardé l’apparition de problèmes sur les crédits mais ne les ont pas éliminés», souligne Scope Ratings dans une note sur les banques françaises publiée récemment.
Des effets de base différents selon les structures
Pour la France, les analystes de Deutsche Bank s’attendent à une croissance du chiffre d’affaires de plus de 10% de la Société Générale, la banque ayant été touchée au deuxième trimestre 2020 par de lourdes pertes dans ses activités actions. Crédit Agricole SA pourrait aussi voir ses revenus augmenter, dans des proportions comparables, la baisse attendue des revenus de la banque de financement et d’investissement pouvant être compensée par les autres métiers. Enfin, toujours selon les mêmes sources, l’activité de BNP Paribas pourrait se tasser d’environ 3%, principalement à cause d’un effet de base provoqué par une activité très solide en banque de financement et d’investissement au deuxième trimestre 2020.
Valorisations faibles
Si le modèle des banques françaises, qui mêle banque d’investissement et banque de réseau, entraîne un différentiel de valorisation important avec les banques américaines, cela pourrait jouer en leur faveur dans les circonstances de retour à la normale, comme actuellement. Les banques américaines, si elles présentent des résultats semestriels parfois records, ont souffert en Bourse les jours suivant ces publications, les investisseurs prenant leurs bénéfices.
Concernant la France, les investisseurs seront peut-être un peu plus indulgents, surtout en cas de bonnes surprises, et moins pressés de vendre leurs titres. Les banques françaises présentent en effet des multiples de prix sur bénéfices (PE) de 8,6, en dessous des banques américaines, dont le même ratio dépasse 10,5 en moyenne. Les structures de l’Hexagone sont aussi, sur ce même critère, sous la moyenne des banques européennes, qui se situe aux environs de 10.
Mais plus encore que le ratio de PE, c’est le ratio de prix sur actif net qui illustre le mieux la différence entre les structures européennes – et donc françaises – et américaines. Les banques outre-Atlantique présentent un ratio de prix sur actif net de 1,25 en moyenne, contre une moyenne de 0,6 pour les banques européennes. Et si BNP Paribas et le Crédit Agricole sont dans la moyenne européenne, la Société Générale reste bien en dessous avec un ratio de prix sur actif net de 0,4.
Toutes les banques n’ont évidemment pas eu le même parcours boursier ces derniers mois. BNP Paribas et Crédit Agricole SA ont toutes les deux sous-performé de 3 points de pourcentage par rapport à l’indice des banques européennes, alors que la Société Générale a, de son côté, rattrapé une partie de son retard en dépassant ce même indice européen de 23 points de pourcentage. Ce critère sera aussi pris en compte pour apprécier leurs résultats.
Plus d'articles du même thème
-
La Bourse sanctionne le gouffre financier de l'IA
Les déceptions du troisième trimestre parmi les hyperscalers et l’avertissement d’Intel ont ponctué un nouveau mois difficile pour le secteur tech. Une rotation est à l’œuvre tandis que les investisseurs cherchent refuge auprès des emprunts d’Etat. -
Les gérants confirment leur confiance dans les marchés actions américains
Le S&P 500 pourrait encore gagner 9% sur un an, comme la Bourse japonaise et l’indice paneuropéen. En revanche, le CAC 40, seul de ces indices en recul depuis le début de l’année, ne dispose que d’un potentiel de 6%. -
Les panels parient sur au moins deux hausses des taux Fed
Les panélistes interrogés par L’Agefi n’ont pas modifié leurs attentes de taux pour les quatre grandes géographies par rapport à fin septembre. Ils renforcent légèrement le dollar.
ETF à la Une
BlackRock accélère le développement de sa gamme d’ETF obligataires actifs
- Les salariés des caisses régionales du Crédit Agricole obtiennent près de 2,2% d’augmentation
- Tégo divorce d'Allianz et AGPM
- La Société Générale poursuit sur sa lancée avec de nouveaux résultats records
- Eurazeo opte pour une direction resserrée pour sortir du piège de la décote
- Microsoft propose à 60.000 salariés de quitter l'entreprise
Contenu de nos partenaires
-
Winter is comingCroissance, dette : la France perd pied
« La France est à l'arrêt », constate le ministre des Finances, Roland Lescure. Les marges de manœuvre se réduisent : il faut contenir le déficit public alors que l'activité cale et les taux s'envolent -
EditoCrise énergétique et Budget : la France à l’heure d’hiver
Après les carburants, le gaz. Une autre crise énergétique est partie pour prendre de l’ampleur. Et démontre la nécessité d’affronter la réalité budgétaire d’un pays aux abois -
Derrière les effusions, ce que contient l’accord UE-Canada (et ce qu’il ne contient pas)
Les dirigeants canadiens et européens ont dévoilé vendredi l’ébauche de leur « alliance pour le futur » à l’issue d’un sommet de deux jours à Montréal. Il reste cependant de nombreux points à négocier et de potentiels litiges à lever au cours des prochains mois