Les banques françaises gagnent leur bras de fer contre la BCE
C’est un camouflet inédit pour la Banque centrale européenne (BCE). Le tribunal de l’Union européenne a donné raison vendredi aux banques françaises qui contestaient le mode de calcul de leur ratio de levier imposé par le superviseur bancaire unique. La cour de Luxembourg a en effet annulé des décisions de la BCE qui empêchaient les établissements de crédit tricolores d’exclure, dans le calcul de leur levier, l’épargne réglementée centralisée à la Caisse des dépôts (CDC). Les arrêts du tribunal concernent La Banque Postale, distributeur historique du Livret A, mais aussi BPCE, le Crédit Mutuel, la Société Générale, le Crédit Agricole et BNP Paribas.
Les six grandes banques françaises contestaient des décisions d’août 2016 de la BCE qui voulait les empêcher de déduire les encours du Livret A, de Livret de développement durable et solidaire et du Livret d'épargne populaire qu’elles ne conservaient pas dans leur bilan. Or, les sommes en jeu sont considérables. A fin 2017, les encours centralisés à la CDC atteignaient 245 milliards d’euros.
Les établissements de l’Hexagone se réfèrent, eux, à un acte délégué de la Commission européenne publié en 2014 qui prévoit un régime dérogatoire pour l'épargne réglementée. Celui-ci permet à La Banque Postale, établissement le plus touché, d’afficher un ratio de levier de 5,3% à fin 2017. Ce dernier serait tombé à 4,5% si la banque avait réintégré dans son bilan l'épargne centralisée à la CDC, conformément à la volonté de la BCE. Ce ratio théorique reste malgré tout élevé, sachant que l’inclusion des dépôts centralisés aboutissait à un ratio de levier de 3,5% seulement à fin 2015. La différence de 100 points de base en deux ans s’explique par des mesures transitoires prévues par la BCE pour ne pas trop pénaliser La Banque Postale. Cette dernière pouvait ainsi exclure une partie de l’épargne réglementée de son ratio de levier «temporairement et dégressivement entre 2016 et 2023», comme le précise le communiqué du tribunal de l’UE. En 2017, cette quote-part était de 40 milliards d’euros, précise La Banque Postale à L’Agefi.
La justice européenne rend désormais caduc ce régime de faveur et permet à toutes les banques de bénéficier du régime le plus favorable pour elles. Contactée par L’Agefi, la BCE n’indique pas si elle va faire appel. Le tribunal de l’UE ne remet pas en cause le pouvoir discrétionnaire de la banque centrale mais estime, qu’en l’espèce, sa position revêt un «caractère manifestement erroné».
Plus d'articles du même thème
-
Malgré un bond de ses profits, HSBC déçoit sur sa croissance
La flambée du résultat net de la banque britannique au troisième trimestre ne suffit pas à convaincre des investisseurs déçus par la performance dans la gestion de fortune. -
L’IA générative s’interpose de plus en plus entre la banque et ses clients
L’IA générative devient partie intégrante des prises de décisions des clients bancaires et les usages évoluent vite, bousculant les modèles d’affaires des banques de réseaux généralistes. Si elles n’intègrent pas rapidement des agents IA dans leurs parcours, ces derniers pourraient devenir de nouveaux concurrents. -
A son tour, Barclays annonce des suppressions d’emplois sous couvert d’IA
La banque britannique, pénalisée par le trading obligataire, publie des résultats trimestriels en demi-teinte. Elle annonce un nouveau programme de rachat d’actions à hauteur de 500 millions de livres sterling.
ETF à la Une
Amundi commercialise ses premiers ETF actions gérés activement
- Une panne de Google Cloud a paralysé Revolut et d'autres banques plusieurs heures
- La Société Générale rend 54 salariés de sa filiale titres à UniCredit en Italie
- Le diable se cache dans les détails, Safran l'apprend à ses dépens
- Bred Banque Populaire rachète des activités d’Oddo BHF en Allemagne
- Le taux souverain français dépasse 5%
Contenu de nos partenaires
-
Opération séduction sur les plateaux : l'exécutif mobilisé pour éteindre le feu lycéen
Ce mardi, Philippe Baptiste, ministre de l’Enseignement supérieur, a appelé au retour en classes, tandis que David Amiel, ministre des Comptes publics, a annoncé des efforts budgétaires supplémentaires pour financer les mesures annoncées -
Après 100 jours au pouvoir, quel bilan pour Andy Burnham ?
Trois mois après son arrivée à Downing Street, Andy Burnham a su rassembler les travaillistes et éviter de commettre des erreurs majeures. Mais il doit encore concrétiser ses ambitions -
Dossier explosifAutonomie corse : récit de la folle nuit où tout a basculé au Sénat
Le sénateurs ont détricoté puis rejeté le texte sur l'autonomie corse. Les forces nationalistes, qui avaient quitté le processus de Beauvau en cours de séance, entretiennent le mystère sur la suite