Les banques européennes doivent redoubler d’efforts pour convaincre
Les déclarations anonymes des banquiers centraux européens dans la presse, au lendemain des déclarations de Christine Lagarde, directrice générale du FMI, illustrent le fossé qui sépare la finance anglo-saxonne et l’Europe continentale dans l’appréciation de la solvabilité et de la liquidité bancaire. «Dans certains pays, les banques ont eu des difficultés à accéder à la liquidité ces dernières semaines et la pression s’accroît. Parler des fonds propres est une erreur d’interprétation», contestait l’un d’eux dans le Financial Times lundi, alors que la directrice du FMI insistait sur «l’urgence» à recapitaliser les établissements européens.
Les protestations officielles n’ont pas tardé. «Les banques européennes sont mieux capitalisées que l’année dernière», a ainsi asséné le porte-parole d’Olli Rehn, commissaire aux affaires économiques de l’Union européenne. L’Allemagne et l’Espagne, par la voix de leurs ministères des Finances, ont rappelé les mesures visant à renforcer le secteur et insisté sur le rôle de la Facilité européenne de stabilité financière (EFSF) en cas de besoin.
L’ancienne ministre de l’Economie française a longtemps défendu la solidité des banques françaises. Samedi, le ton était bien différent. «[Les banques] doivent être suffisamment solides pour faire face aux risques que représentent les dettes publiques et la faiblesse de la croissance, a-t-elle déclaré. Pour un analyste, «en évoquant non seulement le risque de croissance faible, mais également l’éventualité d’un défaut sur une dette souveraine, Christine Lagarde fait la critique implicite des tests de résistance menés par l’Autorité bancaire européenne».
Les investisseurs sur le marché monétaire américain, importants fournisseurs de liquidité pour les banques européennes, doutent eux de la capacité du système politique européen à trouver une solution commune à la crise des finances publiques que connaissent les pays périphériques.
En outre, les divergences entre les systèmes bancaires de part et d’autre de l’Atlantique accentuent ce pessimisme. Le système américain repose très largement sur la titrisation des créances. Sur le plan comptable, les banques pratiquent la compensation (netting) sur les dérivés. Ces deux éléments contribuent à réduire leurs bilans.
Dans un scénario dont le risque souverain serait absent, les banques françaises affichent des ratios réglementaires de solvabilité relativement satisfaisants. Mais en incluant le risque souverain, l’appréciation serait sensiblement modifiée. Prendre en compte la probabilité d’un défaut italien, par exemple, aurait un effet considérable pour BNP Paribas. Son exposition nette totale à la dette souveraine transalpine atteignait en effet 23 milliards d’euros au 30 juin. Les actions du Crédit Agricole ou de la Société Générale traitent par ailleurs à des niveaux de décote supérieurs à 50% sur leur valeur comptable, signe de la défiance des investisseurs.
Les banques européennes sont conscientes de l’enjeu. Leurs résultats trimestriels montrent qu’elles ont continué à renforcer leurs ratios de fonds propres. Mais surtout, «face à la réallocation des pourvoyeurs de liquidité américains, la réduction de la dépendance à l’égard du marché américain et la diversification des sources de financement sont les vrais sujets de la rentrée. Nous sommes conscients du manque de lisibilité que l’Europe offre aux investisseurs», confirme-t-on au sein d’une grande banque française.
Si les propos de la directrice du FMI sont assez généraux, on peut espérer qu’ils concernent surtout les banques de la périphérie de la zone euro. «On pourrait faire appel au Fonds européen de stabilité financière ou à d’autres financements à l’échelle européenne pour recapitaliser directement les banques, ce qui permettrait d’éviter de mettre encore plus lourdement à contribution des États vulnérables», a-t-elle proposé.
L’argument de la solvabilité est en tout cas mis en avant en Grèce, où la concentration du secteur est engagée. Alpha Bank a confirmé l’acquisition d’Eurobank afin de créer le plus grand établissement du pays. L’opération a été saluée par les marchés car elle se double d’une recapitalisation d’un montant de 3,9 milliards d’euros dans le courant de l’année 2012. Elle permettra au nouvel établissement d’atteindre un ratio de fonds propres durs core tier 1 de 14%. Ce dernier sera alimenté grâce à des mesures visant à accroître la génération interne de capital, la conversion d’une partie de capital tier 1 d’Eurobank en actions ordinaires, ainsi qu’une augmentation de capital en deux temps: une émission de 500 millions de titres obligatoirement convertibles souscrite par Paramount, le représentant du Qatar, ainsi qu’une émission avec droits préférentiels de souscription de 1,25 milliard d’euros.
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