Les banques bénéficient-elles de rentes ?
En France, le débat sur la régulation bancaire n’a pas eu lieu après la crise financière,estime le think tank Génération Libre dans une analyse intitulée «Casser la rente bancaire française». Selon ce document, les régulateurs se sont contentés de transposer a minima les nouvelles normes internationales, sans jamais se mobiliser contre la concentration des banques française, une des plus fortes au monde.
Le secteur bancaire est dominé en France par quatre groupes que sont BNP Paribas, Société Générale, Crédit Agricole et BPCE. Fin 2015, leur bilan additionné représentait 5.865 milliards d’euros, soit 281% du PIB français.
Si la forte concentration qui prévaut en France n’est pas « en soi inefficace pour l'économie », du fait par exemple des effets de réseaux, un tel marché « doit être régulé efficacement pour éviter les comportements de collusion », s’alarme Génération libre.
Les rentes dont bénéficient les grandes banques françaises sont de deux ordres, considère le think tank. Tout d’abord, ces grandes banques s’appuient sur le soutien implicite des autorités publiques. Cette garantie publique sur les sources de financement est « pricé » par les marchés, et pris en compte par les agences de notation dans leurs évaluations. Les contribuables sont donc de fait invités à supporter ce business model, les banques échappant aux ajustements des marchés. De son côté, la Banque centrale européenne (BCE), prêteur en dernier ressort, alimente les banques en liquidités à faible coût, créant ainsi une autre forme de soutien public sur lequel les banques peuvent compter.
La deuxième forme de rente, qui est directement préjudiciable au consommateur, est lié à l’existence d’un marché captif, permettant la sur-tarification des clients, indique l'étude. Le marché bancaire présente les caractéristiques d’un marché protégé, oligopolistique : « collusion, barrière à l’entrée, faible innovation, faible croissance du marché ». L’analyse de Génération Libre cite une étude de Deloitte, montrant que les frais de gestion en France sont bien plus élevés que chez les autres pays européens (1,62% contre 1,18% au Royaume-Uni par exemple).
Génération Libre s’inquiète de l’attitude des responsables politiques face au paysage bancaire actuel. « Notre pays est, plus que les autres, confronté à des risques financiers immenses du fait du gigantisme de ses banques, rapporté à la taille de l’économie française », souligne le think tank. « Valider le discours en vogue sur la qualité intrinsèque de notre modèle de régulation ou sur la prudence naturelle de nos banques n’a aucun fondement. Notre système bancaire reste fragile. Il faut savoir écouter les avertissements venus des grandes instances mondiales et de nos partenaires », poursuivent les auteurs de l'étude.
Le think tank évoque les voies qui pourraient remettre en cause les rentes bancaires : l’uberisation, le projet d’union bancaire européenne, la séparation bancaire, le financement non-bancaire, ou encore l’instauration d’une vraie politique de concurrence.
Plus d'articles du même thème
-
L'Italie compte prélever 10,7 milliards d’euros de plus au secteur financier d’ici 2029
Cette nouvelle ponction s’ajoute aux 12 milliards d’euros que le gouvernement souhaite déjà réclamer aux banques et aux assureurs d'ici 2028 via une hausse d'impôt. Le détail précis des modalités de collecte n'est pas encore connu. -
Le ciel de Bank of America s'assombrit
La deuxième plus grande banque américaine a dévoilé des résultats trimestriels décevants après l’annonce d’une amende salée et alors que certains de ses cadres quittent le navire depuis plusieurs mois. -
Morgan Stanley bat les attentes au troisième trimestre grâce aux marchés actions
La banque américaine a révélé des résultats dans la lignée de ceux publiés par Goldman Sachs la veille mais elle peine à en profiter en Bourse.
ETF à la Une
BlackRock veut ajouter une catégorie de parts ETF à cinq fonds actifs
- Danfoss réussit une émission obligataire malgré la cyberattaque en France
- Eutelsat bondit en Bourse alors que Starlink réduit ses services en Ukraine
- Ledger fait face à une cyberattaque d'un nouveau genre sur la blockchain
- L’exposition à géométrie variable des banques françaises au risque souverain
- Les banques françaises ne savent pas parler aux femmes
Contenu de nos partenaires
-
My money backL’ombre de Marine Le Pen sur le budget européen
La présidentielle française crée une pression sur le calendrier des discussions devant aboutir à la prochaine trajectoire financière de l’UE -
Tout douxMalmené dans les sondages, Edouard Philippe assume de ralentir le rythme des annonces
Trois études d'opinion entre mercredi et jeudi placent le maire du Havre en situation d'être éliminé au soir du premier tour de la présidentielle. L'intéressé assume pourtant de tenir son rythme. L'heure est à la répétition des mesures déjà connues -
EditorialMouvement du 17 octobre : la convergence des désillusions
Les prolétarisés de tout le pays s'unissent dans un contexte inflammable