Les banques américaines sont attendues au tournant des midterms
Les banques américaines vont-elles enfin rattraper leur retard en Bourse ? Si les bons résultats semestriels présentés en juillet ont soutenu leur cours cet été, les interrogations macro-économiques de la rentrée ont de nouveau douché les attentes de rallye boursier. L’indice KBW Bank Index, qui regroupe 24 banques américaines, affiche un repli de 0,02% depuis le début de l’année, alors que le S&P 500 continue sa lente ascension (+6,1%), malgré un léger repli depuis début octobre. Pour ranimer les marché, JPMorgan, Citi et Wells Fargo devront convaincre ce vendredi, à l’occasion de l’annonce de leurs performances à fin septembre. Elles seront suivies la semaine prochaine par Bank of America, Morgan Stanley et Goldman Sachs.
Mais une autre échéance importante se profile déjà : les élections de mi-mandat du 6 novembre qui renouvelleront la Chambre des représentants et une partie du Sénat. Alors que les chances des Démocrates de l’emporter au Sénat semblent s’amenuiser, le Président Donald Trump pourrait avoir le champ libre pour passer à l’acte 2 de sa réforme fiscale. Une bonne nouvelle pour les géants de Wall Street qui ont largement profité de la première vague de baisse d’impôts de l’administration républicaine. Couplée à la hausse des taux d’intérêt de la Réserve fédérale qui a augmenté les marges des prêteurs, les mesures pro-business devraient d’ores et déjà permettre aux banques américaines d’afficher de nouveaux profits records au troisième trimestre. Au point que les analystes de Goldman Sachs, Bernstein ou KBW se mettent à rêver d’un rattrapage boursier.
«Age d’or»
Le résultat net ajusté (RNA) de JPMorgan pourrait grimper de 23% sur un an, à près de 7,7 milliards de dollars (6,7 milliards d’euros), et celui de Bank of America de 22%, à 6,3 milliards, selon les analystes interrogés par Bloomberg. Le consensus table sur une hausse de 10% chez Wells Fargo, à 5,7 milliards, et de presque 7% chez Citi, à 4,1 milliards. A eux quatre, ces mastodontes pourraient donc annoncer près de 24 milliards de dollars de bénéfices trimestriels, tandis que les banques d’investissement Goldman Sachs (+4,8%) et Morgan Stanley (+13%) pourraient totaliser 4 milliards de profits. L’illustration de « l’âge d’or » des groupes bancaires évoqué en juin par Jamie Dimon, le patron de JPMorgan. Le secteur pourrait ainsi porter son rendement des fonds propres tangibles sur 12 mois à 14%, selon Goldman Sachs.
Suppression de postes chez JPMorgan
Pour autant, l’évolution des revenus s’annonce plus nuancée. Wells Fargo risque de publier un produit net bancaire (PNB) en repli de 2%. Contraint par les autorités à faire maigrir son bilan après le scandale des commissions indues facturées à ses clients particuliers, le premier prêteur hypothécaire des Etats-Unis pourrait souffrir d’un ralentissement de la demande de crédits. Dans les grandes banques universelles, elle devrait avoir crû de seulement 2,4% au deuxième trimestre en rythme annualisé, et de 1,4% d’un trimestre sur l’autre, selon KBW. En réaction, JPMorgan vient d’ailleurs de confirmer la suppression de 400 postes dans sa division de prêts à l’habitat.
Du côté des activités de gros, les revenus dutrading pourraient rester stables d’une année sur l’autre, et reculer de 10 à 15% par rapport à fin juin du fait du traditionnel ralentissement estival et de la baisse de la volatilité, estime Altantic Equities. JPMorgan a déjà prévenu que ses activités de marché ont légèrement reculé au troisième trimestre. Chez Citi, elles s’annoncent stables ou en légère progression, tandis que la division de banque d’investissement (fusions-acquisitions et marchés primaires) a subi un léger repli. A l'échelle du marché, les opérations de M&A finalisées ont chuté de 72% sur trois mois, selon les données de Bloomberg, mais le vivier resterait profond. Dans ces conditions, la saison des trimestriels s’annonce « terne », juge sans détour le courtier Raymond James.
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Paris - Alors qu’il fourbit ses armes en vue de la présidentielle, Edouard Philippe fait désormais l’objet d’une enquête menée par un juge d’instruction pour des soupçons de détournement de fonds publics, favoritisme, prise illégale d’intérêt et concussion au Havre, ville dont il est maire. Une lanceuse d’alerte avait dénoncé ces faits présumés en septembre 2023 auprès du Parquet national financier (PNF) qui a ouvert une enquête et mené des perquisitions en avril 2024. Puis elle avait déposé une plainte en juin 2025 avec constitution de partie civile. Sollicité par l’AFP, le PNF a indiqué avoir pris un réquisitoire introductif le 7 mai, procédure qui permet de saisir un juge d’instruction et de lui désigner un périmètre d’enquête. La lanceuse d’alerte, «Judith» (prénom modifié), «se félicite de l’ouverture d’une information judiciaire sur les faits qu’elle dénonce et attend avec impatience d'être entendue par le juge d’instruction», a réagi auprès de l’AFP son avocat Jérôme Karsenti. Les faits sont contestés depuis le début par l’ex-Premier ministre et actuel maire Horizons du Havre, dans les starting blocks pour la présidentielle. Edouard Philippe «prend acte de l’ouverture d’une information judiciaire. Il l’apprend par la presse. Et il répondra bien évidemment à toutes les questions que posera la justice comme il l’a toujours fait de façon très sereine», a réagi auprès de l’AFP son entourage dans la Communauté urbaine Le Havre Seine Métropole. Contacté par l’AFP, son avocat Emmanuel Marsigny n’a pas souhaité faire de commentaire. Contrat pas renouvelé Etaient également visées par la plainte Stéphanie de Bazelaire, adjointe chargée de l’innovation et du numérique, ainsi que Claire-Sophie Tasias, directrice générale des services de la communauté urbaine havraise. La plainte consultée par l’AFP estimait que le juge d’instruction devait «apprécier si un pacte a été conclu entre M. Edouard Philippe et Mme de Bazelaire, caractérisé notamment par un soutien politique, financier et relationnel en contrepartie de la gestion de la Cité numérique», un tiers-lieu d’innovation. Après ses alertes, la haute fonctionnaire s'était plainte d’avoir été écartée et harcelée moralement. Son contrat n’a pas été renouvelé. Les soupçons portent sur une convention d’objectifs pluriannuelle pour l’animation de la Cité numérique du Havre, signée en juillet 2020 notamment par Edouard Philippe, président de la communauté urbaine, et Stéphanie de Bazelaire, en tant cette fois que présidente bénévole de l’association LH French Tech. LH French Tech, créée en juillet 2020, a été désignée pour cette mission après un appel à manifestation d’intérêt lancé par la communauté urbaine en mars 2020 et dans le cadre d’un service d’intérêt économique général (SIEG). L’association, seule candidate, devait toucher 2,154 millions d’euros de compensation de service public pour mener des projets. Le conflit d’intérêts «semble absolument évident», a considéré à l'époque la lanceuse d’alerte, directrice générale adjointe à la communauté urbaine de septembre 2020 à avril 2023. «Opacité» «C’est le maire et son adjointe» qui, en tant que présidente de l’association, allaient «avoir la main sur des sommes considérables» pour «des activités qui peuvent concerner ses fonctions à la ville», soulignait-elle. Sur le moment, elle s'était étonnée qu’Edouard Philippe, conseiller d’Etat, n’ait pas suspecté d’irrégularités. Elle assure avoir découvert plus tard que les services juridiques avaient alerté en vain sur un possible favoritisme. Cette haute fonctionnaire avait obtenu le statut de lanceuse d’alerte en janvier 2025, contesté par Edouard Philippe. A la communauté urbaine, la Cité numérique fut «tout de suite» désignée à la lanceuse d’alerte «comme un dossier principal», relatait-elle. Mais «dès les premiers mois», elle a constaté «une opacité dans la gestion de l’association» et ne comprenait pas son activité. Elle racontait qu’on lui avait fourni «des réponses très vagues sur les dépenses, la trajectoire financière», lui reprochant «des velléités d’ingérence». Fin 2021, obtenant finalement des chiffres, elle affirmait découvrir le «très faible niveau d’activité» de la Cité numérique mais surtout «la masse salariale» composée «de jeunes salariés» qui faisaient «un peu tout» pour «des salaires bruts au-delà de 60 voire 70.000" euros. L’association sera placée en liquidation judiciaire en 2023. Philippe GRELARD et Céline CORNU © Agence France-Presse