Les banques américaines à l’épreuve de la volatilité des marchés
Ce lundi donnera un premier aperçu des effets de la correction des marchés financiers au quatrième trimestre sur les comptes des banques. Citigroup ouvre aujourd’hui le bal de la publication des résultats annuels des banques américaines. Ses concurrents JPMorgan et Wells Fargo suivront mardi, puis Bank of America et Wells Fargo le lendemain.
Ces publications seront placées sous le signe d’un environnement difficile pour les ténors de Wall Street. Les à-coups des marchés et l’aversion pour le risque des clients ont entraîné lors du trimestre écoulé un net ralentissement des volumes d’émissions d’actions et de dette. Et si le regain de volatilité est d’ordinaire favorable aux activités de flux sur les marchés, il pourrait en aller différemment cette fois-ci compte tenu d’une fin d’année assez chaotique. «Ce mois de décembre n’a ressemblé à aucun des autres que nous avons connus en 34 ans de carrière, a écrit Chris Kotowski, analyste d’Oppenheimer & Co, cité par Bloomberg. Les marchés ont été volatils et orientés à la baisse jusqu’au Nouvel An.» En Europe, Natixis est bien placé pour savoir ce qu’il peut en coûter : les secousses des marchés en Asie ont conduit la banque à annoncer avant Noël une lourde perte dans ses dérivés actions.
Jefferies, qui publie des comptes en décalé arrêtés à fin novembre quelques jours avant les grandes banques américaines, a donné un avant-goût de ce qui attend les investisseurs. Le 10 janvier, le groupe a fait état d’une baisse de 11% de ses revenus de trading sur septembre-novembre par rapport à la même période de l’année précédente, un peu plus marqué dans le fixed income (-14,5%) que dans les actions (-9,5%). Dans les métiers de banque d’investissement (marché primaire et conseil), le recul est plus limité, à 3,5%.
Fin de cycle aux Etats-Unis
«La tonalité de ces résultats n’est pas différente de ce que nous avons entendu des autres banques et vu dans les statistiques de trading», notent les analystes de Credit Suisse. En décembre, Citi et Bank of America avaient dit s’attendre à un léger recul de leurs revenus de trading, la première renonçant même à atteindre tous ses objectifs de rentabilité. Jamie Dimon, le patron de JPMorgan, prévoyait pour son groupe un dernier trimestre «à peu près équivalent» à celui de 2017.
Tous métiers confondus, les analystes s’attendent tout de même à une progression du produit net bancaire des banques américaines universelles sur un an : de 2% pour Citi à 8% pour Bank of America selon le consensus Bloomberg Intelligence. Du côté des bénéfices par action (BPA) au quatrième trimestre, les progressions attendues oscillent entre 29% pour JPMorgan et 33% pour BoA. Seule Goldman Sachs, plus exposée aux soubresauts des marchés, pourrait voir ses revenus et son BPA reculer de 2% et 12% respectivement sur un an.
Au-delà du trading et du corporate finance, analystes et investisseurs seront attentifs aux perspectives que leur donneront les banques sur deux éléments clés de leur activité aux Etats-Unis : l’impact de l’aplatissement de la courbe des taux américaine et le ralentissement du crédit. «Nous sommes dans la fin du cycle de crédit pour les banques américaines, avec une demande sans relief», soulignent les analystes actions d’UBS, qui prévoient un gros coup de frein dans les bilans aussi bien pour les prêts (+1,3% en 2018 contre +2,8% en 2017) que pour les dépôts (+0,7% au lieu de +3,4%). «Les fondamentaux des banques deviennent plus difficiles en 2019», conclut UBS.
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