Les acteurs de l’assurance santé s’inquiètent de la taxe Covid
L’assurance santé aurait-elle profité de la crise ? Fitch Ratings estime que les prestations du secteur auraient diminué de 5% en France en 2020 et que la rentabilité se serait améliorée avec un ratio combiné moyen (frais de gestion et coûts des sinistres rapportés aux primes) passé de 99% en 2019 à 98% en 2020. Un tableau positif que nuance toutefois Manuel Arrivé, directeur chez Fitch Ratings : «La rentabilité moyenne, positive et stable dans le temps, masque des disparités importantes selon les types de contrats et les types d’acteurs». En 2019, le ratio combiné des contrats collectifs était ainsi de 105%, contre 93% pour les contrats individuels, et de plus de 104% pour les institutions de prévoyance contre 98% pour les mutuelles et 97% pour les sociétés d’assurances.
Globalement, la baisse de la sinistralité a été compensée par la taxe Covid, créée en 2020 par le gouvernement pour récupérer une partie des économies réalisées par les assureurs santé pendant les confinements. L’agence de notation estime le coût pour le secteur à 1,5 milliard d’euros. Mais le risque est qu’elle augmente en 2021 et se pérennise. Dans le même temps, un rattrapage du recours aux soins est anticipé. Un autre effet de la crise se situe dans la baisse de l’assiette des primes, notamment pour les complémentaires collectives. Éric Blanc-Chaudier, directeur assurance santé chez Vyv, décrypte : «Dans les secteurs d’activité emploi-dépendants, on anticipe en 2021 une baisse des encaissements avec la hausse du chômage. Chez Harmonie Mutuelle, elle serait de l’ordre de 30 millions d’euros indépendamment de l’activité commerciale.»
Sur le moyen terme, la hausse de l’endettement et la relance condamnent la politique monétaire à pérenniser les taux bas, ce qui pèse sur les institutions de prévoyance qui ont besoin de fonds propres pour garantir leurs prestations. «La chute des taux d’intérêt, c’est par exemple pour Malakoff Humanis 100 millions d’euros de moins liés aux fonds propres. Historiquement, le déficit des complémentaires collectives en santé est compensé par les produits financiers», explique Laurent Borella, directeur santé de Malakoff Humanis.
Des risques liés aux chocs réglementaires
Pour autant, certains risques, qui se sont accélérés durant la crise, sont plus structurels. «Le risque réglementaire est le principal pesant sur le secteur. Il est renforcé par l’interventionnisme de l’Etat dans cette période de Covid et pourrait perdurer à l’approche des présidentielles», note Manuel Arrivé. Des chocs réglementaires comme la taxe Covid, mais aussi le reste à charge 0% dans le cadre de 100% Santé, rentré en vigueur depuis le 1er janvier 2021, sont aussi évoqués. Katell Prunet, directrice technique, marketing et innovations France chez Axa, rapporte par exemple qu’en optique «la Sécurité sociale contribuait peu sur ce poste mais sa contribution est désormais proche de 0, le différentiel va être porté par les complémentaires et les assurés».
Dans un marché en croissance (+11% de dépenses de soins en 2019 à plus de 200 milliards d’euros) tiré par des moteurs structurels comme l’augmentation des pathologies chroniques et le vieillissement, le reste à charge moyen en France est de 8,3%, l’un des plus faibles des pays de l’OCDE. Une performance rendue possible par plusieurs familles d’acteurs qui se rejoignent sur deux conclusion après la crise : la nécessité d’innover et de croître en taille pour supporter ce qu’Éric Blanc Chaudier appelle «le poids du sac à dos réglementaire de plus en plus important».
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