Le succès des ETF résiste aux turbulences commerciales
Prisés pour leurs faibles frais de gestion, ces fonds négociés en Bourse, ou «trackers», impliquent généralement une large exposition à la classe d’actifs concernée, majoritairement des indices boursiers. Mais leur popularité croissante depuis une dizaine d’années s’est accompagnée d’une diversification des investissements proposés, au sein de différents secteurs ou dans des titres moins risqués comme les obligations.
Depuis le début de l’année, 437 milliards de dollars ont été placés dans des ETF (exchange-traded funds) américains, selon une estimation du Wall Street Journal. A ce rythme, le marché inscrira un nouveau record cette année. Alors que la collecte a tendance à accélérer au second semestre, les chiffres de 2024 pourraient même être nettement dépassés.
Cette croissance confirme et amplifie la tendance observée l’année dernière. Dans leur étude annuelle sur le secteur publiée à la mi-mai, Trackinsight et Kepler Chevreux ont évalué à 1.590 milliards de dollars les montants placés dans des ETF en 2024, pour une capitalisation mondiale (hors Chine et Inde) de 14.500 milliards de dollars. Les Etats-Unis se positionnent nettement en tête, avec près des trois quarts des sommes levées (1.170 milliards de dollars).
Une spécificité du marché américain est le traitement fiscal réservé aux ETF. Lorsque ces derniers sont passifs et se contentent de répliquer un indice existant, aucun impôt n’est prélevé lors de la recomposition des indices. Au sein d’un fonds de placement traditionnel, les plus-values même non réalisées sont en revanche taxées lorsque l’allocation des actifs est modifiée.
Pas d’effet repoussoir des droits de douane
La capitalisation totale des ETF américains s’élevait à 10.750 milliards de dollars l’année dernière, en hausse de 32% par rapport à 2023. L’Europe a également connu une progression de 32%, à 2.400 milliards de dollars, suivie par l’Asie-Pacifique, en hausse de 20% à 957 milliards de dollars.
Le succès persistant des ETF malgré les incertitudes liées aux droits de douane et au possible ralentissement de la croissance a profité aux différentes classes d’actifs. Les ETF obligataires se développent, aux côtés de ceux sur les indices actions, toujours majoritaires. Les professionnels de la finance tentent également de se faire une place sur ce marché en proposant désormais des ETF à gestion active, sur lesquels ils prélèvent des commissions. Si les ETF «actifs» ne pèsent que 10% du total actuellement, ils ont attiré 30% des fonds collectés cette année, selon Trackinsight.
Les ETF continuent toutefois d’être principalement recherchés pour les frais très réduits qu’ils engendrent. C’est avec ce genre d’arguments que le tracker sur l’indice S&P 500 proposé par Vanguard Group a attiré 65 milliards de dollars depuis le début de l’année pour atteindre 607 milliards de dollars d’actifs sous gestion au 3 juin, devenant ainsi le premier ETF au monde en termes d’actifs, comme l’a souligné le Wall Street Journal. Ce dernier avait déjà connu une année record en 2024, avec une collecte de 116 milliards de dollars.
Et lorsqu’en avril, la volatilité s’est envolée à son plus haut niveau depuis le Covid à Wall Street, le fonds S&P 500 de Vanguard a réalisé la plus grande collecte de son histoire. Les tendances observées sur les ETF s’alignent ainsi sur le comportement des marchés actions au sens large : les turbulences du mois d’avril ont été vues comme une opportunité d’achat à bon compte et le rebond qui a suivi a pu s’appuyer sur les importantes réserves de cash des épargnants américains.
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Des placements diversifiés ou ciblés
Les investisseurs qui privilégient la liquidité peuvent également se tourner vers ces instruments : l’ETF BlackRock dédié aux obligations du Trésor américain de moins de 3 mois a attiré 17 milliards de dollars depuis le début de l’année, ce qui le place en deuxième position des ETF les plus populaires.
L’essor de fonds indiciels thématiques donne un aperçu des placements les plus recherchés. Les ETF sectoriels cumulaient 278 milliards de dollars l’année dernière aux Etats-Unis, principalement placés dans les cryptomonnaies, les infrastructures et le nucléaire. Mais ces outils plus spécialisés peuvent connaître un engouement éphémère, et le nombre de fermetures d’ETF sectoriels a tendance à augmenter, souligne Trackinsight, en pointant en particulier des niches comme le métavers et la blockchain.
Peu affectés jusqu'à présent par le conflit commercial, les ETF se montrent tout de même sensibles à l'évolution du paysage politique. Les fonds spécialisés dans l'énergie propre et le climat ont sous-performé sous l’effet des revirements politiques aux Etats-Unis, notent Trackinsight et Kepler Chevreux. La pression réglementaire se montre également plus forte pour lutter contre le greenwashing et mieux contrôler les fonds labélisés RSE (responsabilité sociale et environnementale).
Aux Etats-Unis, les lancements d’ETF durables, ou «socialement responsables», ont ralenti l’année dernière, mais la collecte nette a tout de même atteint 5,5 milliards de dollars. En Europe, un nombre record d’ETF labélisés RSE ont vu le jour en 2024 (288), mais la collecte a ralenti.
Les fonds indiciels avaient été conçus à l’origine pour favoriser des placements largement diversifiés. Leur essor en fait aujourd’hui le reflet des grandes tendances de l'épargne mondiale.
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