Le gel réchauffe la nécessité d’une nouvelle assurance récolte
En avril, ne te découvre pas d’un fil. Habillées au mieux de braseros et autres bougies, les cultures et les vignes ont souffert de l’épisode de gelée de la semaine passée. S’il est trop tôt pour estimer les pertes, les premiers retours sont alarmants. «Bien que le gel soit incontestablement un événement important par son intensité et ayant touché une vaste partie du territoire, ses impacts réels selon les cultures, les cépages et les régions restent à évaluer par nos experts», indique par exemple L’Etoile assurance, assureur spécialisé dans les récoltes. «Nous ne sommes à l’abri ni d’un ou de plusieurs épisodes de gels, ni d’un autre aléa climatique, et ce jusqu’aux récoltes», prévient-il. Vendredi soir, Pacifica, l’assureur agricole de Crédit Agricole Assurancesqui détient 20% de parts de marché, comptabilisait déjà 3.400 sinistres déclarés, dont 2.600 viticulteurs, après avoir appelé 80% des assurés sinistrés. En 2017, dernier grand épisode de gel, il avait comptabilisé au total 2.200 sinistres pour un peu plus de 20 millions d’euros. Il s’attend cette fois à un coût dépassant les 40 millions d’euros.
Mise en place du régime des calamités agricoles
Face au désarroi des agriculteurs, Julien Denormandie, ministre de l’Agriculture, a annoncé la mise en place du régime des calamités agricoles, qui sera même déplafonné, a précisé Jean Castex. Ce régime fait en fait référence au Fonds national de gestion des risques en agriculture (FNGRA), plafonné à 60 millions d’euros par an et financé par une taxe de 5,5% sur les contrats d’assurances payés par les agriculteurs en dommages sur les biens, responsabilité civile et tracteurs agricoles, l’Etat comblant jusqu’au 60 millions d’euros. Il permet d’indemniser, à partir d’un seuil de 30% de baisse de revenu, des risques considérés comme non assurables et qui ne sont pas assurés.
L’assurance privée, elle, est représentée par le contrat d’assurance multirisque climatique récolte, un marché de 340 millions d’euros en 2019 selon la FFA (178 millions d’euros sont à rajouter avec l’assurance grêle). Or, si les risques sur l’arboriculture sont considérés comme non assurables, à l’exception de la grêle, les risques sur la grande culture et les vignes, les plus touchés la semaine dernière, sont eux considérés comme assurables. Mais seulement 32% des viticulteurs avaient souscrit un contrat privé en 2019, expliquant la vive émotion du monde viticole.
Logique de responsabilisation
«Il y a un sujet de pédagogie et de culture. L’assurance multirisque climatique récolte est encore assez récente et non obligatoire. Par ailleurs, la concurrence entre le dispositif assurantiel privé et les dispositifs publics est préjudiciable au déploiement de l’assurance», analyse Delphine Létendart, directrice du marché agricole chez Groupama, leader du domaine. «Après cet épisode de gel, nous comprenons évidemment le désarroi des agriculteurs. Pour autant ce n’est pas l’assurance qui est en cause, mais bien la non-assurance. L’assurance, au contraire, c’est la solution», estime pour sa part Franck Le Vallois, directeur général de la FFA. Ce dernier milite pour une logique de responsabilisation, relativisant le coût des assurances. Dans le cadre de la politique agricole commune (PAC), les contrats d’assurances sont ainsi subventionnés à hauteur de 65%.
«Il est temps de travailler à une réforme du régime de couverture des risques agricoles pour davantage inciter le monde agricole à s’assurer. Les directives européennes permettraient déjà de rehausser le taux de subvention des cotisations d’assurance pour le passer de 65% à 70% tout en abaissant le seuil de déclenchement de l’assurance de 30% à 20% en termes de pertes de récolte», continue Franck Le Vallois. Delphine Létendart poursuit : «Une proposition, plus structurante, est la mise en place d’un pool de marché de co-réassurance qui permettrait de mutualiser les risques.» Du côté de Pacifica, on préconise «la mise en place d’un dispositif permettant de couvrir pour une prime très faible tous les agriculteurs pour des risques extrêmes».
Des pistes d’évolution sur lesquelles avait travaillé Didier Guillaume, avant de laisser son siège au ministère de l’Agriculture. Lundi, une réunion, focalisée sur les remontées des différentes filières, a été l’occasion d’aborder ces évolutions envisagées. Déjà, le communiste André Chassaigne a déposé en avril 2020 une proposition de loi pour «instaurer un régime public d’assurance et de gestion des risques en agriculture», alors que Vincent Segouin, sénateur LR de l’Orne et assureur, proposait une résolution en juin 2020 pour encourager le développement d’un contrat risque universel.
Une transformation nécessaire : le réchauffement climatique multiplie, entre autres, les épisodes de gel après le redoux, mais aussi les sécheresses.
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Israël poursuit ses frappes au Liban, qui ont fait au moins 380 morts depuis la trêve
Beyrouth - L’armée israélienne a poursuivi mardi ses frappes au Liban, tuant dans le sud 13 personnes, qui viennent s’ajouter aux 380 morts depuis l’instauration du cessez-le-feu le 17 avril, selon les autorités. Alors que le Liban se prépare à de nouvelles négociations avec Israël jeudi à Washington, le chef du Hezbollah pro-iranien, qui s’y oppose fermement, a affirmé que le désarmement de sa formation ne faisait pas partie des discussions et a promis de transformer «en enfer» la bataille avec l’armée israélienne. Celle-ci a indiqué avoir conduit une opération dans la zone du fleuve Litani et a mené mardi une frappe ayant tué deux secouristes à Nabatiyé (sud), où ils effectuaient une intervention, a annoncé la Défense civile. Le ministère de la Santé a confirmé la mort des deux secouristes qu’il a inclus dans un bilan de 13 morts, dont un soldat et un enfant, dans des frappes israéliennes ayant visé trois localités dans le sud du pays. «Une frappe sur la ville de Nabatiyé a fait cinq (morts) dont deux secouristes de la Défense civile et deux blessés», une autre dans la localité de Jebchit a fait quatre morts «dont un soldat et un ressortissant syrien», et douze blessés, et une troisième à Bint Jbeil a tué «quatre citoyens dont un enfant et une femme», et blessé deux autres, a indiqué le ministère. «Depuis le cessez-le-feu, 380 personnes ont été tuées et 1.122 blessées», a annoncé plus tôt le ministre de la Santé, Rakan Nassereddine, faisant état de 108 personnels de santé et secouristes tués depuis le début de la guerre. Plus de quatre enfants ont été tués ou blessés chaque jour en moyenne durant les 25 premiers jours de la trêve, a indiqué l’ONG Save The Children. Au total, les frappes israéliennes ont tué 2.882 personnes depuis le début de la guerre, dont 200 enfants, selon le ministère de la Santé. D’après le Hezbollah, ce bilan inclut ses membres tués. Le mouvement chiite a entraîné le Liban dans la guerre régionale en attaquant Israël pour venger la mort du guide suprême, l’ayatollah Ali Khamenei, tué au premier jour de l’offensive israélo-américaine contre Téhéran, le 28 février. Israël a répondu en menant des frappes massives et une opération terrestre dans le sud. «Nous ne nous rendrons pas» Beyrouth a demandé aux Etats-Unis de faire pression sur leur allié israélien pour qu’il mette fin à ses frappes. Le Hezbollah a revendiqué de nouvelles attaques contre des positions militaires israéliennes, y compris en Israël, aux frontières avec le Liban. «Nous ne nous rendrons pas», a affirmé le chef de l’organisation, Naïm Qassem. «Les armes et la résistance ne concernent personne hors du Liban (...) C’est une question libanaise intérieure qui ne fait pas partie des négociations avec l’ennemi», a-t-il ajouté. Dans un communiqué annonçant la reprise des négociations jeudi, le département d’Etat américain avait affirmé que la paix entre le Liban et Israël «dépendait du rétablissement complet de l’autorité de l’Etat libanais (sur son territoire) et du désarmement total du Hezbollah». Washington fait pression pour que les discussions aboutissent à un accord de paix, alors que Beyrouth veut d’abord consolider le cessez-le-feu et obtenir le retrait d’Israël du Liban. Après l’entrée en vigueur de la trêve, l’armée israélienne a établi en territoire libanais une «ligne jaune» à une dizaine de km de la frontière. Elle a indiqué mardi qu’au cours de la semaine écoulée, ses soldats avaient mené une «opération spéciale visant à retirer des infrastructures terroristes dans la zone du Litani». Interrogée par le bureau de l’AFP à Jérusalem, l’armée israélienne a indiqué ne pas pouvoir confirmer si les soldats avaient franchi le fleuve Litani, à une trentaine de km de la frontière, mais a publié des photos montrant des soldats marchant sur un pont le traversant. © Agence France-Presse