Le Crédit Agricole met son bilan au régime
Après les mesures annoncées par la Société Générale et BNP Paribas pour s’adapter à la crise qui sévit sur les marchés depuis le début de l’été, Crédit Agricole SA (CASA) était attendu sur le même terrain. A l’occasion d’une conférence destinée aux investisseurs, la structure cotée de la banque verte a dévoilé un plan d’envergure visant à réduire son bilan et ses besoins de liquidité. Elle avait pourtant déjà resserré son modèle de refinancement au premier semestre, sans rassurer complètement les investisseurs.
Crédit Agricole SA (CASA) est allé plus loin que ses compatriotes en publiant ses objectifs de réduction de l’effet de levier entre juin 2011 et décembre 2012. La banque entend réduire de 45 milliards d’euros sa dette à court terme, à 125 milliards. Soit une réduction de plus de 26%. Ce «deleveraging» a déjà débuté, puisque le montant de cette dette était de 145 milliards d’euros au 14 septembre contre 170 milliards fin juin.
Les besoins de liquidité à moyen et long termes (MLT), moins problématiques, seront eux ramenés de 140 à 135 milliards. Son programme de refinancement pour 2012 sera en revanche quasiment divisé par deux par rapport à la campagne de 2011, de 22 à 12 milliards, signe tangible d’une restriction du crédit.
CASA s’efforce également de réduire sa dépendance à l’égard du dollar, en particulier provenant des fonds monétaires américains (money market funds). Entre le 30 juin et le 14 septembre, la part du billet vert dans sa dette à court terme est passée de 44% à 27%. En banque de financement et d’investissement (BFI), plus de 75% du plan de désendettement concerne ainsi le dollar.
La part de la dette provenant spécifiquement des Etats-Unis n’était plus que de 14% en septembre, contre 37% deux mois et demi plus tôt. Après les retraits massifs de l'été, l’encours auprès des fonds monétaires a été divisé par quatre, à 6 milliards d’euros. «On observe une augmentation de la contribution des trésoreries en Asie et au Moyen-Orient», précise la banque. Mais si la trésorerie du groupe demeure excédentaire, les dépôts quotidiens auprès de la Fed sont moins importants: ils sont passés de 15 milliards (montant annoncé lors des résultats) à 8 milliards de dollars.
La réduction du besoin de financement passe notamment par une réduction de voilure dans les activités non stratégiques ou les plus consommatrices de levier. CA CIB, la BFI de la Banque verte, qui avait déjà réduit la voilure après 2008, est donc visée au premier chef. Celle-ci représentera entre 15 et 18 milliards du plan de réduction de l’endettement, dont 9 milliards dès la fin de cette année.
L’établissement a déjà annoncé mardi que les activités de conseil en fusions-acquisitions en Afrique du Nord et au Moyen-Orient seront rapatriées à Paris. Il va de manière générale mener une revue de ses activités, dont certaines seront abandonnées. «Le groupe entend se focaliser dans la BFI sur la réduction des activités en dollar, comme les financement structurés et la banque commerciale», souligne Alex Koagne, analyste chez Natixis Securities. En revanche, rien n’a été dit sur les actifs toxiques.
La priorité sera donc plus que jamais mise sur la banque de proximité, en France ou à l’étranger: la part de capital que lui consacrera CASA passera de 70% à 75%. Là, les besoins seront couverts par la croissance des dépôts et le siphonnage de l'épargne hors bilan. Un recentrage déjà annoncé lors du plan stratégique groupe du printemps, mais que la banque va accélérer.
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