Le courtage d’assurances en France ne sera plus le même cet été
La consolidation du courtage d’assurances passe à la vitesse supérieure en France. L’union de Siaci Saint Honoré (S2H) et du Groupe Burrus Courtage (GBC), qui a acquis le courtier Diot en 2008, est tenue pour acquise depuis l’automne 2020, avec une célébration estimée à la rentrée prochaine. Selon les informations de L’Agefi, le nouveau tour de table pourrait en fait être annoncé dans quelques semaines. Au point de prendre de vitesse le projet d’Aonet Willis Towers Watson (WTW) ? En juillet 2020, Cyrille de Montgolfier, directeur général de Gras Savoye WTW France, annonçait à L’Agefi Hebdo l’opération «au premier semestre 2021»… Mais la Commission européenne attend des «concessions» pour des questions de concurrence qui mèneraient à une finalisation plus tardive.
Autorisations
Du côté de S2H et GBC, l’affaire pourrait être bouclée fin juillet, selon nos sources, une fois les autorisations acquises dans les pays où les deux groupes disposent de leurs propres entités. Le nouvel ensemble serait valorisé environ 2,5 milliards d’euros. L’opération lui permettrait de lever une dette de 700 à 800 millions d’euros. Il serait majoritairement détenu par Burrus et le management de S2H. Sa gouvernance laisserait à Pierre Donnersberg, qui aura 74 ans en août, la présidence du directoire, Christian Burrus prenant la relève après une transition d’environ trois ans.
Au moins cinq ou six fonds d’investissement peuvent juger acceptables ces prix et gouvernance. A ce stade, les résultats 2020 et un projet de budget 2021 autofinancé ont décidé Fitch à maintenir son rating «B» pour Acropole (la holding de contrôle de S2H), soit deux crans au-dessus de S&P, mais avec une perspective négative qui reflète un «désendettement différé» à cause notamment de la pandémie. Le schéma capitalistique s’orienterait vers une participation de 20% à 25% pour un investisseur d’envergure, avec trois autres fonds à ses côtés. GBC et S2H pourraient retenir ceux qui accompagneraient au mieux le nouveau courtier dans son développement, et sur le long terme. Parmi eux, Mubadala, le fonds souverain d’Abou Dhabi, est cité pour l’ouverture qu’il apporterait dans le Moyen-Orient ; Bpifrance aussi, qui légitimerait un positionnement de champion européen comme alternative aux anglo-saxons d’envergure mondiale.
Intérêt des fonds de private equity
De fait, les grands du private equity, type Apollo, Blackstone, Warburg etc., ont l’appétit et les liquidités pour entrer comme leader au capital d’un courtier européen. Mais pourraient avoir le choix. Dans sa décision du 8 février dernier, la Commission européenne a posé des conditions au projet de fusion entre Aon et WTW, numéros deux et trois mondiaux du secteur derrière Marsh & McLennan. Elle n’a pas précisé lesquelles, mais devrait rendre sa décision le 12 juillet. Selon certaines sources, céder Willis Re aurait pu la satisfaire. Toutefois, le courtage en réassurance est très rentable. Aon préférerait se séparer d’entités d’Europe continentale. Gras Savoye est ainsi cité par plusieurs médias depuis le mois dernier. S’y ajouteraient les entités d’Allemagne, Espagne et Belgique. Outre des fonds, d’autres courtiers (Arthur J. Gallagher, Howden, etc.) pourraient aussi être intéressés. Gras Savoye serait le morceau de choix.
Chacune des parties contactées a la même réponse : «Aucun commentaire». Si Gras Savoye est effectivement cédé, le nouvel ensemble S2H-GBC deviendra numéro un en France et aura les moyens de ses ambitions en Europe, mais aussi au Moyen-Orient, en Asie et en Afrique, sans pour autant devenir un de ces mastodontes cotés du courtage d’assurance dans le monde.
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